En bref
- L’Union européenne s’apprête à classer ChatGPT et Roblox parmi les géants du numérique surveillés.
- Ce classement entraîne des obligations strictes sur la modération, la publicité et le fonctionnement des algorithmes.
- OpenAI et Roblox Corporation devront prouver qu’elles réduisent les risques liés à leurs services.
Pour ChatGPT et Roblox, l’été pourrait marquer un vrai changement de régime en Europe. D’après Bloomberg, les deux services devraient être classés dès août 2026 parmi les très grandes plateformes en ligne, le fameux statut VLOP prévu par le Digital Services Act. Et ça, ce n’est pas juste un tampon administratif.
Un badge européen qui n’a rien d’honorifique
Dans le viseur de l’Union européenne, on retrouve déjà du très lourd, de YouTube à WhatsApp, en passant par Facebook, Instagram, TikTok, Snapchat, X, Google Maps et Google Play. Si ChatGPT et Roblox les rejoignent, c’est parce que le DSA réserve ce statut aux plateformes et moteurs de recherche qui dépassent les 45 millions d’utilisateurs mensuels dans la région.
Autrement dit, oui, les deux sont devenus énormes. Mais ce succès leur colle aussi une couche de contraintes en plus. Clairement, l’UE ne veut plus laisser les mastodontes du web gérer seuls les dégâts potentiels.
Ce que Bruxelles va leur imposer, très vite
Une fois la désignation officielle actée, ChatGPT et Roblox auraient quatre mois pour se mettre au niveau. Il leur faudra notamment créer un point de contact pour les autorités et les utilisateurs, rendre leurs conditions d’utilisation plus accessibles, et jouer la carte de la transparence sur la publicité, les systèmes de recommandation et les décisions de modération.
Ce n’est pas tout. Les plateformes concernées doivent aussi signaler les infractions pénales. Résultat ? Le fonctionnement interne de services souvent assez opaques devra devenir beaucoup plus lisible.
Le vrai sujet, ce sont les risques
Là où le texte européen devient vraiment costaud, c’est sur l’analyse des risques. Les VLOP doivent identifier ce qui, chez elles, peut favoriser les contenus illégaux, perturber les processus électoraux, nourrir les violences fondées sur le genre, porter atteinte à la liberté d’expression, à la liberté des médias ou encourager la discrimination.
Et après, il faut agir. Mise en place de mesures d’atténuation, procédure interne de conformité, audit annuel, partage de données avec la Commission européenne, accès pour des chercheurs agréés. En gros, l’UE demande des preuves, pas des promesses.
Pourquoi ChatGPT et Roblox sont particulièrement scrutés ?
Ce tour de vis n’arrive pas dans le vide. Roblox traîne une réputation lourde sur la mise en danger des enfants et fait face à plusieurs poursuites d’autorités qui l’accusent de ne pas avoir assez protégé les mineurs contre des comportements prédateurs d’adultes.
Du côté d’OpenAI, la pression monte aussi. L’entreprise a été vivement critiquée après la révélation selon laquelle elle n’avait pas averti les autorités quand elle a banni en 2025 le compte ChatGPT du suspect de la tuerie de Tumbler Ridge. Depuis, OpenAI a promis de signaler les menaces crédibles aux autorités. Elle affronte aussi des plaintes pour mort injustifiée déposées par des familles d’utilisateurs morts par suicide, qui estiment que la plateforme manquait de garde-fous face aux comportements suicidaires. Bref, l’importance de ce classement se joue là, dans le réel.