En bref
- Une scène coupée humanisait déjà Steve Rogers
- Beth reste au montage, sans vraie introduction
- Winter Soldier a dû refaire ce travail
Le plus intéressant, avec cette scène coupée de The Avengers, ce n’est pas qu’elle soit bonne. C’est qu’elle rend plus lisible un moment que le MCU a finalement dû reconstruire plus tard dans Captain America: The Winter Soldier.
Le MCU avait déjà filmé la blessure de Steve
Sorti le 4 mai 2012, The Avengers a terminé sa course à environ 1,40 milliard d’euros (1,52 milliard de dollars). Quand le Blu-ray est arrivé en septembre, avec un peu moins de quinze minutes de scènes coupées ou rallongées réparties sur huit séquences, on a surtout découvert du matériau attendu pour un blockbuster amputé d’un premier montage proche de trois heures, comme l’avait expliqué Joss Whedon.
Une scène sort pourtant du lot. Elle s’appelle Steve Rogers: A Man Out of Time, dure 3 minutes et 3 secondes, et elle pose en silence ce que le film en salle ne fait qu’effleurer. Steve Rogers, seul dans son appartement, épluche des dossiers du S.H.I.E.L.D. sur ses anciens compagnons d’armes. Tous portent le même tampon rouge, décédé. Résultat ? Il fait presque l’inventaire administratif de sa propre vie.
Puis vient le dossier de Peggy Carter. Elle est encore en vie, avec une adresse et un numéro. Steve regarde le téléphone, ferme les yeux, et n’appelle pas. Tout est là. Il consulte aussi les fichiers de Howard Stark et de Tony Stark, celui de Tony incluant l’armure, seule petite respiration dans une scène très mélancolique.
Après ça, il regarde des images d’archives de sa guerre sur un ordinateur, traverse New York, s’arrête dans un diner, échange quelques mots avec une serveuse nommée Beth, rate une blague sur la technologie moderne, et entend un client plus âgé lui lancer de demander son numéro, imbécile. Ce client, c’est Stan Lee. Steve n’essaie même pas. Il finit à la salle de sport, sur le sac de frappe, seule portion gardée au cinéma.
Un rappel conservé, mais sans sa préparation
Et c’est là que la coupe devient un vrai choix de structure, pas juste une curiosité de bonus. Beth existe toujours dans la version salle.
Pendant la bataille de New York, Captain America sauve des civils coincés dans une banque, et Beth est parmi eux. Plus tard, dans le montage final où les habitants réagissent aux Avengers, elle apparaît encore, émue, pour dire qu’il lui a sauvé la vie. Le film lui donne donc un nom, un visage, et un temps d’écran qui suggèrent une reconnaissance du public.
Sauf que cette reconnaissance n’a plus de base. La relation prévue a disparu. Ça fonctionne quand même, parce que Ashley Johnson vend très bien le moment et que le montage file vite. Mais on sent la forme d’un callback privé de son point de départ. Bon, c’est discret, mais c’est là.
Le Blu-ray contient aussi une version plus longue de la rencontre entre Bruce Banner et le garde de sécurité après la chute de l’héliporteur, avec Harry Dean Stanton. Même logique, au fond, donner à un héros perdu une interaction ordinaire, humaine. Et ce sont précisément ces scènes-là qui ont sauté.
Deux ans plus tard, Winter Soldier refait le travail
Le 4 avril 2014, Captain America: The Winter Soldier, mis en scène par Anthony Russo et Joe Russo, reprend presque exactement ce fil émotionnel. Steve rend visite à Peggy, désormais âgée et alitée, et le film établit enfin ce que soixante-dix ans lui ont coûté. La scène est superbe, portée par une Hayley Atwell vraiment impressionnante.
Mais il y a un petit vertige. Le MCU racontait déjà cette idée en 2012, plus vite, plus sèchement aussi. En coupant cette préparation, The Winter Soldier a dû l’introduire puis la résoudre dans son propre premier acte.
Joss Whedon disait en 2012 qu’il détestait avoir retiré ces passages autour de Captain America et de la serveuse. Il ajoutait, en substance, que ce n’était pas une question d’ego mais de besoins du film. Il avait raison. The Avengers marche très bien. Mais il marche avec un petit trou, et ce trou annonce assez nettement le film venu deux ans après.