En bref
- Apple TV a stoppé Constellation après une saison
- La série misait sur une SF très dense
- Son intrigue reste largement sans réponse
Apple TV aime la science-fiction qui demande un peu d’effort. C’est justement pour ça que l’arrêt de Constellation, après seulement huit épisodes diffusés de février à mars 2021, laisse une impression bizarre. La plateforme a su installer d’autres séries SF ambitieuses, mais celle-ci n’a pas eu ce temps-là.
Une série Apple TV plus opaque que ses cousines
Créée par Peter Harness, Constellation avait pourtant le profil maison. Une série sombre, cérébrale, volontiers cryptique, avec du symbolisme à tous les étages. Le genre de fiction où des commentateurs finissent par disséquer les tableaux aperçus en arrière-plan, en l’occurrence ceux du peintre finlandais Hugo Simberg, avec ses anges et ses démons. Ça dit pas mal de la proposition.
Le souci, c’est que l’ambition ne suffit pas toujours à créer l’adhésion. Là où Severance, Pluribus ou Foundation ont trouvé un public plus solide, Constellation semblait plus difficile à résumer, donc plus dure à vendre. Les critiques, elles, oscillaient entre le positif et le prudent. Certains y voyaient une filiation avec Philip K. Dick, d’autres sentaient venir une annulation rapide.
Le vrai sujet, ce n’est pas l’espace
Au centre, il y a Noomi Rapace, très solide en astronaute suédoise. Son personnage, Jo Ericsson, revient sur Terre après une collision mystérieuse sur l’ISS. Le choc initial donne le ton, un vieux cosmonaute soviétique mort surgit de l’espace et percute la station. Oui, la série commence comme ça.
Mais l’intrigue ne s’intéresse pas seulement à l’accident. Très vite, Jo transporte le cœur informatique de la station jusqu’à une cabane isolée en Suède, avec sa fille Alice. Sur place, elle entend des cris, découvre une autre cabane presque identique, puis une copie parfaite de sa fille, malade, cachée à l’intérieur. Résultat ? La série bascule dans quelque chose de beaucoup plus troublant qu’un simple thriller spatial.
Les signes s’accumulent. Jo parle suédois alors que sa famille lui affirme qu’elle ne le parle pas. Ses souvenirs récents ne collent plus au réel. Un collier apparaît dans ses visions. Et Jonathan Banks joue à la fois Henry Caldera et Bud Caldera, qui sont en gros le même homme, mais dans des univers parallèles différents, capables de communiquer entre eux.
Huit épisodes, puis le vide
À mesure que la saison avance, une idée s’impose, Jo glisse involontairement entre plusieurs lignes temporelles. Puis tout se complique encore, avec des échanges de corps, des meurtres et une avalanche de questions laissées ouvertes.
C’est là que l’annulation fait mal. La série était clairement construite pour tenir sur plusieurs saisons, pas pour boucler en une poignée d’épisodes. Et dans un paysage où les saisons sont déjà très courtes, certaines fictions ont besoin de temps pour vraiment prendre. Bon, Constellation coûtait sans doute trop cher pour continuer. Mais on sent encore la coupure nette. Et ça dit aussi quelque chose de la SF de streaming, on lui demande d’être complexe, mais jamais trop.