En bref
- Route 66 revient sur Prime Video
- Une aventure plus sociale que spectaculaire
- La saison 3 reste payante
On associe souvent les séries d’aventure des années 60 à l’exotisme, au dépaysement et au pur divertissement. Route 66, elle, jouait une autre partition, et c’est justement ce qui rend son arrivée sur Prime Video intéressante aujourd’hui.
Une série d’aventure, oui, mais pas celle qu’on imagine
Au début des années 1960, la télévision américaine carburait aux westerns, aux sitcoms fantastiques et aux récits d’aventure. Dans ce paysage, Route 66, lancée sur CBS en octobre 1960, ne ressemblait pas vraiment à ses cousines. Là où Sea Hunt ou Adventures in Paradise restaient plus proches de l’aventure classique, elle mélangeait road trip, drame criminel et format quasi anthologique.
Ce n’était pas juste une série avec une voiture et une route mythique en fond d’écran. Chaque étape servait à raconter autre chose, avec des personnages différents, des contextes différents, et un ton plus rugueux que ce que le genre proposait alors. Clairement, l’étiquette « série d’aventure » est un peu trop étroite.
La route comme miroir de l’Amérique
Pendant ses trois premières saisons, la série suit Martin Milner dans le rôle de Tod Stiles, jeune diplômé bien lisse, et George Maharis dans celui de Buz Murdock, beaucoup plus abrasif. Les deux traversent les Etats-Unis par la Route 66, non pas pour dénicher des trésors enfouis, mais pour croiser des vies, des tensions, des impasses. Résultat ? Des histoires plus ancrées, plus humaines.
Cette approche ne sortait pas de nulle part. Les créateurs, Herbert B. Leonard et Stirling Silliphant, venaient de Naked City, série policière diffusée sur ABC à partir de septembre 1958. Route 66 en a presque été le prolongement naturel. Un épisode servant de pilote intégré, Four Sweet Corners, avait même été diffusé en 1959 avec George Maharis et Robert Morris, avant que la formule ne soit ajustée pour la version définitive.
Pourquoi son retour compte aujourd’hui
Ce qui frappe encore, c’est sa manière d’aborder les enjeux sociaux de l’Amérique d’après-guerre, avec des tournages en décors réels et un vrai souci d’authenticité. Bon, on sent l’époque, évidemment, mais l’ambition reste assez moderne.
La série vaut aussi pour son impressionnant défilé de futurs grands noms. On y croise William Shatner, DeForest Kelley, Tina Louise, puis Robert Redford, Martin Sheen ou encore James Caan. Et il y a mieux. Un épisode de la saison 3, centré sur un vétéran du Vietnam nommé Lincoln « Linc » Case, joué par Glenn Corbett, a inspiré David Morrell pour First Blood, le roman qui donnera plus tard John J. Rambo au cinéma.
Après le départ de George Maharis pour raisons de santé, Glenn Corbett devient d’ailleurs co-star de la quatrième et dernière saison aux côtés de Martin Milner. Aujourd’hui, Prime Video propose les saisons 1, 2 et 4 sans coût supplémentaire pour les abonnés. La saison 3, elle, reste à l’achat. Un détail un peu absurde, mais qui n’enlève rien au fond. Voir revenir Route 66, c’est aussi revoir une télévision qui cherchait déjà à raconter un pays en mouvement, bien avant que le streaming ne transforme ça en algorithme.