En bref
- Fermi Explorer veut lancer dès 2029 une minuscule sonde vers Alpha Centauri.
- Son approche mise sur une technologie simple et un budget de 15 millions de dollars.
- Le voyage durerait environ 80.000 ans, avec l’espoir qu’une civilisation future retrouve la sonde.
15 millions de dollars pour viser une autre étoile, avec un lancement dès 2029. Dit comme ça, le projet a un côté SF bricolée dans un garage. Et pourtant, c’est précisément ce qui le rend intéressant.
Un projet minuscule, mais un vrai cap historique
Derrière Fermi Explorer, on retrouve les fondateurs de Starcloud, Philip Johnston, Adi Oltean et Ezra Feilden, rejoints par le program manager Garret Jameson. Leur structure à but non lucratif veut envoyer un engin avec une charge utile carrée de 10 cm, pour une masse totale d’1 kilo, vers l’espace interstellaire.
Si ça part vraiment, l’objet deviendra le premier engin humain explicitement lancé vers une autre étoile, et le sixième à quitter notre système solaire. Pas mal pour une boîte métallique minuscule. Le nom renvoie au paradoxe de Fermi, cette vieille question qui hante la science-fiction comme la recherche spatiale, pourquoi on n’a toujours rien vu d’intelligent ailleurs.
Le contre-pied total des rêves à milliards
Là où pas mal de projets interstellaires se cassent les dents sur les distances absurdes, Fermi Explorer choisit un chemin presque anti-hype. Pas de techno miracle, pas de propulsion laser à développer pendant des décennies, pas de facture délirante.
Le contraste avec Breakthrough Starshot saute aux yeux. Lancé en 2016 par Yuri Milner avec le soutien de Mark Zuckerberg, ce programme visait Alpha Centauri en vingt à trente ans grâce à un système de propulsion laser inédit. L’effort s’est effondré en 2025.
Philip Johnston, lui, résume assez bien l’état d’esprit. Il raconte avoir été emballé puis déçu par Starshot, et explique que c’est justement pour ça que son équipe veut lancer quelque chose dans trois ans. Selon lui, la différence majeure tient au fait que les autres missions interstellaires cherchent à arriver du vivant des humains, ce qui impose des programmes de R&D à milliards. Leur choix, dit-il, c’est « 80 000 ans comme mission minimale viable ». Le concept est fou, mais au moins il assume sa folie.
Comment atteindre Alpha Centauri sans magie ?
Le plan reste assez terre à terre. L’engin partirait en rideshare sur une fusée, puis utiliserait une propulsion électrique peu puissante mais efficace pour enchaîner des orbites et profiter d’effets de fronde avant de quitter le système solaire.
Le vaisseau fonctionnerait pendant environ 12 ans, avant une très longue phase de dérive vers Alpha Centauri. Et il faut garder les chiffres en tête. Voyager, lancée en 1977, se trouve aujourd’hui à environ 26 milliards de kilomètres de la Terre. Alpha Centauri, elle, est à 41 000 milliards de kilomètres. Résultat, on parle bien d’un voyage de 80.000 ans.
Une capsule pour le futur, pas pour l’arrivée
L’équipe cherche maintenant des partenaires, des financements, des conseils, mais aussi des charges utiles scientifiques et artistiques, dans l’esprit des capteurs et du Golden Record embarqués sur Voyager de la NASA.
Et non, le but n’est pas de réveiller le vaisseau au bout du trajet. Philip Johnston estime que si un os de dinosaure peut durer 200 millions d’années, une boîte en métal peut survivre sans souci à l’environnement radiatif attendu pendant 50.000 ans. L’idée, dit-il, n’est pas d’alimenter l’appareil au terme des 80.000 ans, mais d’espérer qu’une future civilisation humaine l’intercepte. C’est moins Star Trek que bouteille à la mer cosmique. Et franchement, l’image reste assez incroyable.