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Test Northgard

Par Antoine Roche,  publié le 13 mars 2018 à 10h30, modifié le 6 avril 2018 à 14h41.

Pop Culture

8 /10

Notes

  • Northgard
    8

Avantages

  • Gameplay efficace et tendu...
  • Interface globalement bien pensée
  • Technique et ambiance au top
  • Prix raisonnable

Inconvénients

  • ...mais quelques mécaniques légères ou peu claires
  • De petits problèmes de rythme dans la campagne
  • Il faut aimer le micro-management, surtout en combat
  • OST sympathique mais beaucoup trop courte

Alors que l'hiver commence à quitter nos contrées, Northgard mérite-t-il que les joueurs retournent y souffrir du froid et de la neige à la tête d'un clan Viking ? Notre réponse se trouve dans le test ci-dessous.

Introduction

Un tout petit plus d’un an après son arrivée en accès anticipé sur Steam, le déjà fort apprécié Northgard est désormais disponible en version finale, avec notamment une campagne solo à la clé. L’heure est donc venue de véritablement tester ce mélange de STR et de 4X développé par les Français de Shiro Games (Evoland), dans un contexte où Microsoft et de nombreux joueurs ne semblent pas prêts à lâcher Age of Empires.

Le loup ne s'associe pas avec le corbeau

Il faut dire qu’au premier abord, Northgard ressemble beaucoup aux titres édités par la firme de Redmond, tant visuellement (surtout au regretté Age of Empires Online et son côté cartoon) qu’au niveau de certaines de ses mécaniques. Même les soigneurs du jeu font une référence directe au célèbre “wololo” dans leur description, et l’on sent que les développeurs sont des passionnés qui connaissent leurs classiques. Et pourtant, Northgard est bien plus qu’un simple jeu de stratégie qui se contente de s’inspirer d’Age of Empires (et d’autres, d’ailleurs il est précisé que cliquer plusieurs fois sur les moutons ne sert à rien) pour surfer sur la nostalgie.

Comme son nom le laisse penser, le titre de Shiro Games donne au joueur le contrôle de Vikings. De clans Vikings pour être plus exact, au nombre de 6 pour le moment puisque d’autres arriveront plus tard : le Loup, le Cerf, la Chèvre, le Corbeau, l’Ours et le Sanglier. Comme dans de nombreux jeux de stratégie, le fonctionnement de ces clans est assez similaire à leur coeur (et quasi identiques visuellement, dommage), mais chacun profite de petites différences (bâtiments uniques, bonus variés ou encore recherches alternatives) qui permettent une rejouabilité relative et des parties un peu différentes en fonction des forces en présence.

La campagne solo et ses objectifs.

La campagne solo scénarisée en 11 chapitres de Northgard est d’ailleurs avant tout là pour apprendre les bases du jeu et connaître chacune des forces et faiblesses de ces clans (mais aussi proposer un certain challenge en difficile pour les joueurs les plus motivés et patients tant il faut y faire preuve d’abnégation à cause d’objectifs compliqués et longs à atteindre) ; clans qui ne vont d’ailleurs pas forcément chercher à atteindre le même objectif pour remporter la partie. Parce que oui, au-delà des nombreux éléments classiques attendus dans un jeu de stratégie en temps réel dont nous allons parler plus loin, le jeu pioche aussi du côté des 4X et d’autres genres et peut par moments rappeler des licences comme Civilization ou encore The Settlers.

Il y a 4 (voire 5) moyens de gagner en dehors de la campagne solo : domination (détruire le bâtiment principal de tous ses adversaires), renommée (contrôler un certain nombre de zones de la carte et avoir une certaine quantité de renommée, une des “ressources” du jeu), commerce (atteindre un certain score en influence commerciale grâce à un phare et à beaucoup d’argent), sagesse (débloquer 4 bénédictions en se concentrant sur la récupération de sagesse, une autre “ressource” utilisée pour avancer dans l’arbre technologique) et enfin un potentiel objectif unique en fonction de la carte (une zone légendaire à capturer par exemple).

Les conditions de victoire.

Dans Northgard, la carte est effectivement découpée en zones, invisibles en début de partie en dehors de celle de départ où se trouvent le hall principal du joueur et ses 4 premiers habitants. Il faudra envoyer des éclaireurs découvrir les autres et éventuellement les coloniser moyennant ressources et éventuelle éradication préalable des créatures hostiles à l’intérieur (loups, ours, monstres, joueurs…etc.). Chaque zone peut contenir des éléments à exploiter (forêt, carrière, poissons, ruines à explorer…) et ne peut contenir qu’un nombre très limité de bâtiments une fois colonisée. Il faudra donc bien réfléchir à quoi construire où et quand, d’autant que les ressources sont rares dans Northgard.

Les carrières de pierre s’épuisent rapidement par exemple (et il faudra ensuite se ruiner au marché pour en acheter plus), tandis que la nourriture et le bois sont très précieux quand vient l’hiver. Eh oui, avec son temps réel le jeu fait défiler les mois et régulièrement la neige vient s’abattre et littéralement mettre à genoux les clans mal préparés en multipliant les malus et les attaques de l’environnement auxquels il va falloir survivre. Gare à vous si vous n’aviez pas de réserves suffisantes car alors vos habitants vont tomber malades, déprimer ou encore mourir, vous mettant bien en retard dans la course.

Ils en ont gros.

Au Nord, c'étaient les grognons

La gestion des habitants est d’ailleurs l’élément de gameplay le plus sympathique du titre et celui qui rend l’ensemble aussi minutieux. Tout d’abord, les habitants sont produits automatiquement à un rythme qui dépend de votre niveau de bonheur. Il n’est donc pas vraiment possible d’en produire rapidement des dizaines à la chaîne après en avoir perdu après une attaque par exemple, et chaque habitant est donc très précieux. D’autant qu’au lieu de les assigner directement à une ressource à récolter (et donc potentiellement sans limites comme dans AoE par exemple), ici il faut les affecter aux bâtiments de production/combat/exploration/etc., dont les places sont limitées à 2 habitants (ou 3 si le bâtiment est amélioré). On appréciera d’ailleurs l’interface qui indique notamment de combien de marchands, bûcherons, soigneurs et autres explorateurs le joueur dispose pour rapidement faire des changements nécessaires qui ne manqueront pas d’arriver.

Un besoin urgent de bois mais votre cabane de bûcheron est déjà complètement occupée ? Si vous n’avez pas l’argent pour en acheter au marché, pas d’allié pour vous en fournir via le comptoir ou la pierre pour améliorer votre cabane, il va falloir en construire une seconde dans une autre zone, à condition d’avoir un emplacement de bâtiment libre. Ce fonctionnement oblige à s’étendre pour trouver des ressources et de la place, mais aussi à essayer de spécialiser ses zones (nourriture, bonheur, argent…), mais il ne faudra pas le faire trop vite au risque de manquer de nourriture, de bois ou d’argent quand viendra l’hiver. D’autant que les soldats (eux aussi très limités en nombre et assez chers, et donc spécialement précieux) souvent nécessaires à une expansion pour nettoyer les zones consomment beaucoup et ne peuvent pas récolter de nourriture, contrairement aux habitants qui, quand ils n’ont pas de rôle précis, en récoltent alors automatiquement autour d’eux, mais de manière moins efficace que dans les bâtiments spécialisés.

L’hiver, c’est pas cool. Et les rares bugs et traductions manquantes non plus.

Grâce à tous ces systèmes, la survie dans Northgard se fait toujours sur le fil. Il est rare d’être véritablement à l’aise dans un domaine et une seule attaque adverse, un seul hiver ou un seul événement aléatoire du jeu (séisme, tempête…) qui se passe mal peut faire s’effondrer toute votre économie comme des dominos et nécessiter des années en jeu pour se relever. Même si quelques mécaniques ne sont pas parfaitement claires dans les premières parties (il est d’ailleurs possible de jouer en solo contre des IA ou en multi en ligne, à 3v3 maximum), le jeu vous donne heureusement toutes les informations pour vous en sortir et ne se montrera vraiment punitif qu’envers ceux qui n’aiment pas trop le micromanagement.

En effet, il faudra gérer le moindre de ses habitants pour optimiser ses récoltes et ne pas être dans le négatif, et surtout être attentif dans chaque combat (où on aurait vraiment apprécié plus de variété au niveau des unités et la possibilité de créer des groupes avec des raccourcis clavier d’ailleurs) où il faudra faire reculer ses soldats blessés au risque de les perdre et de gaspiller un précieux investissement. Au rang des regrets au-delà des combats peu passionnants on signalera également que la sympathique OST de Camille Schoell ne soit composée que de 4 pistes qui tournent très rapidement en rond, tandis que quelques éléments de gameplay et d’interface pourraient mériter quelques clarifications.

L’arbre technologique.

On regrettera également un rythme qui peut être en dent de scie, notamment dans la campagne solo. Les moments où tout se déroule à une vitesse correcte sont majoritaires, mais il arrive également que des passages à vide où il n’y a rien à faire en dehors d’attendre des ressources côtoient des périodes où l’Apocalypse est là et où tout va tellement de travers qu’on aimerait pouvoir mettre le jeu en pause pour réfléchir et empêcher son drakkar de couler.

Heureusement Northgard compense ses quelques faiblesses par l’imbrication maîtrisée de ses mécaniques on l’a dit, mais aussi par son ambiance réussie et sa technique très solide. Les effets visuels sont très bons (vous allez devoir plisser les yeux pour y voir quelque chose en pleine tempête de neige), les animations des personnages sont sympathiques et si vous avez grandi avec presque n’importe quel jeu de stratégie sorti à l’époque de ceux cités plus haut les bruitages devraient vous donner quelques relents de nostalgie (personnellement le bruit du coupage de bois façon Warcraft II suffit à me mettre bien).

Pro-tip : appuyez sur “i” pour afficher les ressources de chaque zone.

Conclusion

Avec son mélange des genres bien pensé et ses mécaniques bien huilées qui obligent notamment le joueur à être attentif au moindre de ses habitants tel un véritable chef de clan tiraillé en permanence par des choix difficiles, Northgard est un jeu de stratégie véritablement sympathique. Certains pourraient lui reprocher son manque de profondeur à certains niveaux (les combats ou encore les faibles différences entre les clans notamment) et ils n’auraient pas complètement tort, mais il ne faut pas perdre de vue que le titre est vendu sous la barre des 30 euros et que le contenu proposé pour le moment est donc déjà tout à fait honnête.

Les plus acharnés pourront même y trouver un véritable challenge d’optimisation et d’objectifs facultatifs difficiles à atteindre dans la campagne, à condition d’être très patients tant son fonctionnement et son rythme mériteraient quelques améliorations. Mais le titre de Shiro Games est surtout agréable en multijoueur autour d’un bon festin, tant l’enrobage visuel et sonore est agréable malgré les loups et l’hiver. Reste désormais à voir ce que le studio ajoutera dans les prochaines mises à jour, en espérant un peu de variété afin de ne pas perdre le nord.

Northgard est disponible sur Steam (Windows, macOS et Linux) depuis le 7 mars 2018.

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