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Test Frostpunk

Par Antoine Roche,  publié le 17 mai 2018 à 16h30.

Pop Culture

7 /10

Notes

  • Frostpunk
    7

Avantages

  • Direction artistique, technique et OST au top
  • City building simple mais agréable
  • Survie prenante et souvent angoissante
  • Quelques choix difficiles bien amenés...

Inconvénients

  • ...mais vite noyés par l'automatisme des mécaniques
  • Léger manque de contenu
  • Quelques soucis de lisibilité
  • Durée de vie limitée (pour l'instant ?)

Après This War of Mine, le studio 11 bit studios est de retour avec un nouveau jeu très sympathique, pourtant très porté lui aussi sur la déprime sur fond de misère humaine : Frostpunk.

Introduction

Histoire de rester dans l’ambiance glaciale de Frostpunk, j’ai initialement songé à écrire ce test en portant des moufles. Ou en me coupant une main. Ce qui aurait été assez compliqué, on ne va pas se mentir. J’ai ensuite pensé que c’était une bonne chose car une critique doit toujours s’écrire sans prendre de gants (*badum tss*), mais étant donné que le jeu de 11 bit studios est globalement bon et finalement assez difficile à vraiment attaquer (ceci est un spoiler de la conclusion, désolé), c’était encore une pensée inutile. Bref, trêve d’introduction pour ne rien dire et place à notre test car il va bientôt être l’heure du service du seul repas de la journée de la colonie (de la soupe, comme tous les jours depuis un mois).

De la survie froide comme le coeur de ton ex

Dans Frostpunk la Terre est entrée dans une nouvelle ère glaciaire qui a fait s’effondrer la société. Des survivants sont partis de Londres pour créer une nouvelle ville plus au nord (je serais plutôt parti vers le sud, mais passons), dont le coeur est littéralement un générateur à charbon à la chaleur indispensable pour avoir le moindre espoir de survie dans ces températures largement négatives.

Charge au joueur, dans la peau du chef de cette communauté, de construire des bâtiments autour de ce générateur, de collecter des ressources, de passer des lois, d’effectuer des recherches et de prendre moult décisions pour survivre à l’hiver permanent, aux baisses de température et aux évènements qui essayeront d’avoir votre peau.

Il s’agit donc d’un mélange entre le genre city building et surtout le genre survie, cher à 11 bit studios depuis le très marquant This War of Mine. Commençons si vous le voulez bien par évoquer la première moitié qui compose le titre. Assez simple, la partie construction de Frostpunk n’en est pas moins agréable.

Dans une crevasse à la taille assez réduite et où la place peut vite manquer, il va falloir construire des habitations, des bâtiments de récolte et autres bâtiments utiles en cercles concentriques autour du générateur. Plus une construction en sera éloignée, plus il y fera froid, augmentant les chances d’y tomber malade (et de mourir, bien entendu) pour les travailleurs. Il faudra assigner les bonnes personnes (habitants lambda, ingénieurs, automates ou même enfants si vous manquez de main-d’oeuvre) aux bâtiments pour qu’ils fonctionnent et récolter charbon, bois, acier, nourriture et autres ressources indispensables à la survie.

Les amateurs de city building pourront peut-être reprocher à cette partie d’être un peu légère sur les contraintes. Il n’y a par exemple pas de prise en compte de la distance entre les bâtiments comme dans un Caesar/Pharaon/Zeus et le lieu de leur construction a donc peu d’importance en dehors de la gestion du froid précédemment évoquée (pas besoin de construire des cantines ou des centres médicaux à des endroits stratégiques ou d’éloigner les maisons des usines pour éviter le bruit par exemple), en dehors de ceux possédant des auras d’effet autour d’eux bien entendu (foyers de chaleur, tour de garde, arène de combat…etc.).

Il faut dire que les autres contraintes imposées par l’aspect survie jeu sont bien assez énervées et finalement l’équilibre proposé est assez bon. En effet, en plus de devoir surveiller ses ressources pour ne pas mourir de faim ou de froid (en récoltant des ressources en ville en étendant régulièrement les heures de travail et en envoyant des expéditions explorer les alentours via des lieux remarquables), il faudra étroitement surveiller deux jauges : le mécontentement et l’espoir.

La première ne devra jamais atteindre le maximum sous peine d’être éjecté de la ville par les habitants (synonyme de game over) et la seconde ne devra jamais atteindre zéro (pour le même résultat). Pour cela, il faudra donc éviter les décès, construire des bâtiments spécialisés (bar, cimetière, tour de surveillance, église…etc.), passer les lois adéquates et faire des choix en permanence (faire cette recherche ultra urgente ou plutôt celle-ci ? construire ce bâtiment ou économiser pour celui-là ?…etc.), notamment durant des évènements qui arrivent plus ou moins aléatoirement durant le jeu (punir ou pardonner un habitant, accueillir ou refuser des réfugiés…etc.).

Une ambiance qui met une dégelée

Et c’est là que l’on touche à l’un des premiers défauts du jeu. Si dans les premières heures et plusieurs fois dans l’aventure 11 bit studios arrive bien à rappeler au joueur dans quel climat déprimant il est en train de jouer en lui imposant de faire des choix (couper de la nourriture avec de la sciure de bois ? amputer ou non les blessés ? faire des promesses ou ne pas prioriser un problème ?…etc.), trop vite on tombe dans une routine où l’on connait la plupart des évènements et où l’on ne fait plus les choix de manière éthique mais uniquement en pensant aux fameuses jauges.

Peut-être qu’après tout le souhait du studio était de montrer à quel point il est facile d’oublier la misère et la morale quand la survie est en jeu, mais il en résulte un jeu finalement un peu trop vite systémique et automatique dans ses mécaniques. Il est d’ailleurs difficile de s’accrocher à ses habitants du fait de leur nombre, même s’ils ont chacun un nom et une courte description qui essaye de les humaniser. Cela dit, malgré cela Frostpunk rend accro comme peut le faire un Civilization et bien des fois on fera “une dernière action et au lit” et il sera d’un coup 3h du matin.

Malheureusement, cette addiction est (pour l’instant) de courte durée. En effet, et c’est là le principal reproche que l’on fera au titre finalement, il ne devrait vous occuper dans son état actuel qu’une douzaine d’heures. Frostpunk ne propose actuellement que 3 scénarios (le premier étant le principal et plus long) qui disposent de fins.

Nous n’en dirons pas trop pour ne pas gâcher la surprise tant les 3 sont différents et obligent le joueur à jouer différemment, mais sachez juste qu’il y a toujours un jour final (prématuré ou fixé) qui ramène au menu principal avec l’impossibilité de continuer sa partie une fois l’histoire et ses objectifs complétés. Le titre s’enrichira à l’avenir d’autres scénarios, mais c’est surtout un mode bac à sable sans fin qui fait cruellement défaut. De même, un peu plus de possibilités du côté des lois serait un plus, un peu à l’image des arbres technologiques eux plutôt complets.

Heureusement pour lui, en plus de ses mécaniques de survie qui prennent régulièrement à la gorge tant les ressources peuvent être rares et les drames s’enchaîner comme des dominos, Frostpunk a une ambiance industrielle et steampunk du tonnerre et s’avère beau. Très beau. L’interface (bien que légèrement perfectible) est réussie, les effets visuels sont très soignés (fumée, froid ou vapeur sur l’écran, traces dans la neige…) et les petites cinématiques font mouche pour un ensemble extrêmement convaincant. La musique de Piotr Musial est également à saluer et concernant l’enrobage on pourra simplement regretter que certains bâtiments se ressemblent trop et peuvent un peu gêner la lisibilité.

Conclusion

Avec sa survie assez exigeante, sa construction agréable et son ambiance irréprochable, Frostpunk est une nouvelle réussite pour 11 bit studios. En l’état le jeu propose déjà un squelette fort solide et malgré quelques menus défauts et une aventure peut-être moins impactante que This War of Mine, il lui manque principalement un peu de contenu supplémentaire (des scénarios, un mode bac à sable infini, de nouveaux éléments…) pour gagner très aisément un point supplémentaire sur sa note actuelle. Reste à voir si cela arrivera avec des mises à jour gratuites et/ou des DLC payants. Quoi qu’il en soit, et notamment avec l’été qui arrive, Frostpunk reste une recommandation sincère.

Frostpunk est disponible sur Windows (Steam, GOG, Windows Store et Humble Store) depuis le 24 avril. Les jeux précédents de 11 Bit Studios étant disponibles sur macOS et Linux, il y a des chances que cela soit également le cas pour Frostpunk à l’avenir.

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