En bref
- Georgiou passe de capitaine à tyranne cannibale
- Starfleet la tolère, puis l’emploie via Section 31
- Le malaise dépasse largement le simple twist scénaristique
Le plus troublant avec Philippa Georgiou, ce n’est pas qu’elle soit monstrueuse. C’est que Starfleet finit par faire avec. Puis par l’utiliser. Dans une franchise qui vend depuis toujours une idée d’utopie, le signal envoyé est quand même rude.
Le vrai problème commence quand Starfleet la garde
Une fois sortie de l’univers miroir, Georgiou reste longtemps dans les parages, au total sur 22 épisodes de Star Trek: Discovery. Or cette version du personnage est tout sauf ambiguë. Elle choisit systématiquement l’option qui produit le plus de morts, savoure l’idée que d’autres vont y passer, et manipule assez bien les gens pour arracher une forme de sympathie à l’équipage du Discovery.
Et c’est là que la série déraille un peu. Dans l’arc en deux parties Terra Firma, elle retrouve même une once d’humanité après un retour dans son univers d’origine. Pas une rédemption, non. Plutôt un léger déplacement, du tyran total à quelque chose d’à peine moins sinistre.
D’une capitaine tuée trop tôt à une impératrice monstrueuse
Quand Discovery démarre le 24 septembre 2017 sur CBS All Access, devenu depuis Paramount+, la série marque le retour télé de Star Trek après douze ans d’absence. Le cadre est posé environ dix ans avant la série originale, avec Michael Burnham, humaine élevée sur Vulcain et sœur adoptive cachée de Spock, au centre du récit.
Au début, Burnham sert comme commandante en second sur l’USS Shenzhou, sous les ordres de la capitaine Philippa Georgiou, incarnée par Michelle Yeoh. Beaucoup imaginaient que sa présence serait brève, et ils avaient raison, Georgiou meurt vite, tuée au corps-à-corps par le Klingon T’Kuvma.
Sauf que la série la réinjecte ensuite par une autre porte. Dans le onzième épisode, The Wolf Inside, le Discovery bascule dans l’univers miroir, version maléfique du monde de Star Trek. Là, Burnham découvre une impératrice Georgiou, tyranne de masse et cannibale.
Cannibalisme, sadisme, armes d’apocalypse
Le personnage ne se contente pas d’être violent. Il est sadique. Georgiou mange Saru au début de Discovery et tente même d’en faire goûter à Burnham. Plus tard, dans le film Star Trek: Section 31, elle apparaît avec un highball accompagné d’un œil. Oui, à ce niveau-là, on n’est plus dans le simple anti-héros.
Il y a aussi les armes apocalyptiques. Le film diffusé sur Paramount+ en janvier 2025 tourne autour du Godsend, un dispositif de fin du monde que Georgiou avait elle-même commandé lorsqu’elle régnait sur l’empire terrien. Elle en connaît donc le fonctionnement, et laisse entendre qu’elle en a conçu plusieurs.
Section 31, ou quand la franchise brouille sa propre utopie
Le dernier virage est peut-être le plus dérangeant. À la fin de son parcours dans Discovery, Georgiou trouve un nouveau poste au sein de Section 31, la branche clandestine façon CIA de Starfleet. Pour une dictatrice cannibale obsédée par le meurtre, le casting est presque trop logique.
Le projet devait d’abord devenir une série, avant d’être réduit à un téléfilm chez Paramount. Et visiblement, chez Alex Kurtzman et consorts, l’idée de Georgiou continue de séduire. Le souci, c’est qu’elle ne devient jamais vraiment bonne. Juste un peu moins pire. Pour Star Trek, la nuance compte, et pas dans le bon sens.