En bref
- Un film d’horreur relie IA, deepfakes et chaos
- Sean Gunn y joue et le produit
- Le projet défend aussi le cinéma indé
Le plus intéressant avec Appofeniacs, ce n’est pas seulement son bain de sang numérique. C’est qu’un film bâti sur les dérives de l’IA, des deepfakes et des faux récits en ligne devient en même temps une preuve que le cinéma indépendant peut encore trouver des soutiens concrets.
Une vengeance numérique qui dérape très vite
Écrit et réalisé par Chris Marrs Piliero, Appofeniacs part d’une idée simple, et franchement assez actuelle. Le titre renvoie à l’apophénie, cette tendance à voir des liens là où il n’y en a pas. Ici, tout bascule quand un type arrogant utilise ses applis de smartphone et une touche d’IA pour se venger de parfaits inconnus qui l’ont agacé.
Résultat ? Des fausses publications, du catfishing et des vidéos truquées qui alimentent de fausses réalités. Le film met alors plusieurs groupes de personnages sur une trajectoire commune, entre amants rejetés, paria social et criminels violents. Sexe, meurtre et chaos font partie du package, dès l’ouverture ou presque.
Sean Gunn ne fait pas que jouer, il aide le film à exister
Après trente ans de carrière, Sean Gunn commence à élargir son terrain. Connu notamment pour des films de James Gunn comme Superman ou Guardians of the Galaxy, mais aussi pour Avengers: Infinity War, Endgame et The Belko Experiment, il apparaît ici à l’écran et rejoint aussi le projet comme producteur exécutif.
Il explique avoir surtout voulu s’assurer que le réalisateur dispose des bons outils pour raconter son histoire, puis lui laisser de l’espace. Une fois le tournage terminé, il dit avoir pu intervenir davantage, en regardant le montage, en donnant des notes et en aidant le film à trouver un distributeur et son public.
Pourquoi le petit budget n’est pas le vrai sujet
Le budget, justement, donne l’échelle du pari. Sean Gunn parle d’un film tourné pour quelques centaines de milliers de dollars, soit environ 184 000 euros à 276 000 euros (200 000$ à 300 000$). Faire un long métrage simplement regardable avec une telle somme est déjà compliqué, dit-il, alors un bon film, encore plus.
Mais pour lui, l’enjeu n’est pas là. Ce qui compte, c’est qu’une bonne histoire puisse exister. Il insiste aussi sur son envie d’aider davantage de projets à se faire, sans abandonner son métier d’acteur. Et il revendique ce goût pour les petites productions autant que pour les grosses. Le contraste est parlant quand on cite Obsession, monté avec environ 552 000 à 644 000 euros (600 000$ à 700 000$) et crédité de presque 478 millions d’euros (520 million$) au box-office.
Clinto Binto, personnage taillé pour la culture con
À l’écran, Sean Gunn joue Clinto Binto, artisan spécialisé dans les accessoires et armes de cosplay haut de gamme, avec une particularité, ils fonctionnent vraiment. Les épées coupent, les lance-flammes font exactement ce qu’on imagine, et dans le dernier acte ces objets deviennent carrément utiles pour survivre.
Ce rôle lui parlait d’emblée. Il dit fréquenter le circuit des conventions depuis plus de dix ans, avec plus de 130 événements au compteur. Du coup, il connaissait ce monde de l’intérieur et ne voulait surtout pas le tourner en ridicule. Son approche est plus sérieuse, presque respectueuse, celle d’un artisan fier de son travail. Et ça dit pas mal de ce que vise Appofeniacs, utiliser la folie contemporaine des images truquées sans perdre le contact avec des milieux bien réels.