En bref
- The Final Cut imagine une mémoire impossible à effacer
- Robin Williams y joue un homme rongé par la culpabilité
- Le film a échoué, mais son idée frappe encore
Et si chaque conversation, chaque erreur, chaque moment gênant restait archivé pour toujours ? Vu comme ça, The Final Cut, sorti en 2004, paraît presque plus contemporain aujourd’hui qu’à l’époque. C’est aussi l’un des films les moins cités de Robin Williams, alors qu’il touche à quelque chose de très simple et très dérangeant, le droit d’oublier.
Une science-fiction qui parle surtout de nous
Dans ce futur, certaines personnes portent un Zoe chip implanté dans le système nerveux. Tout est enregistré. Après la mort, ces souvenirs peuvent être récupérés, triés, remontés, puis projetés lors des funérailles sous la forme d’un Rememory.
Robin Williams joue Alan Hakman, un cutter, autrement dit l’homme qui fabrique cette version finale d’une vie. Le poste est fascinant, mais moralement glissant. C’est lui qui décide ce qu’on garde, ce qu’on masque, et au fond ce que les proches retiendront du défunt. Le film tient beaucoup là-dessus, sur cette idée que la technologie promet une vérité totale, alors qu’elle reste manipulée par des humains pleins de biais, de secrets et d’angles morts. Et Williams, chose rare chez lui, joue tout en retenue, sans l’improvisation qu’on lui associait si souvent.
Le twist rebat toute la lecture du personnage
Au début, deux garçons, Alan et Louis, jouent sur un chantier. Alan pousse son ami à traverser une planche, Louis tombe, et l’enfant s’enfuit en croyant l’avoir laissé mourir. Toute sa vie d’adulte semble construite sur cette culpabilité.
Puis son travail l’amène sur les souvenirs de Charles Bannister, figure liée à l’entreprise derrière le Zoe chip. Dans ces images, Alan tombe sur des éléments troublants, y compris des traces d’abus, et reconnaît aussi un homme qu’il croit être Louis. Le vrai choc arrive après. Alan découvre qu’il possède lui-même un Zoe chip, sans l’avoir jamais su, ses parents étant morts avant de le lui révéler.
En accédant à ses propres enregistrements, il comprend enfin ce qui s’est passé ce jour-là. Louis n’est pas mort dans la chute. Et le sang dont il se souvenait n’était que de la peinture rouge. Mieux, il avait tenté de l’aider. Résultat ? L’homme qui passe sa vie à monter les souvenirs des autres réalise que les siens étaient incomplets. Pas mal de films de SF rêvent de grands concepts, celui-ci les ramène à une faille très humaine, la mémoire ment aussi quand elle semble intime.
Un échec discret, mais une idée qui vieillit très bien
Le film ne s’arrête d’ailleurs pas sur une rédemption propre. Louis a bien survécu à la chute, mais il est mort plus tard dans un accident de voiture. Ensuite, Fletcher, ancien cutter proche du mouvement anti-Zoe, veut mettre la main sur les souvenirs d’Alan liés à Bannister pour viser l’entreprise. Alan finit tué, et le dernier plan, avec son reflet enregistré qui semble rester derrière lui dans un miroir, laisse une impression franchement froide.
À sa sortie limitée en octobre 2004, The Final Cut n’a rapporté qu’environ 3 millions d’euros (3,6 millions de dollars) dans le monde. On comprend pourquoi. Le film préfère l’idée au suspense, et passe pas mal de temps devant des stations de montage. Mais c’est aussi sa force. Robin Williams y compose un personnage effacé, fermé, crédible. Un thriller imparfait, oui. Sauf que sa question centrale, qui contrôle nos traces, nos images, notre récit, a pris entre-temps une ampleur assez vertigineuse.