En bref
- Universal Pictures visait une franchise dès le départ
- Le film a rapporté trop peu pour une suite
- Le public de 2004 avait mieux à voir
Le plus intéressant avec Van Helsing, ce n’est pas son scénario. C’est son échec. Le film de Universal Pictures était pensé comme le lancement d’une nouvelle machine à franchises autour des monstres maison, et c’est justement là qu’il s’est coincé.
Universal voulait relancer ses monstres, pas juste sortir un film
Au début des années 2000, Hugh Jackman sort de X-Men avec un vrai statut. Wolverine l’a installé, puis l’acteur a montré qu’il pouvait dépasser le simple film de super-héros. Pour Universal Pictures, l’idée était limpide, prendre une star bankable et la placer au centre d’un nouvel univers peuplé de Dracula, du Loup-garou, du monstre de Frankenstein ou encore de la créature de Creature from the Black Lagoon.
Le souci, c’est que ces figures appartiennent au domaine public. Difficile, dans ces conditions, d’en faire des piliers exclusifs de long terme. Le studio a donc déplacé le centre de gravité vers un héros plus vendable, Van Helsing.
Un héros remodelé pour le blockbuster des années 2000
Dans les romans, Van Helsing est surtout un érudit, un chasseur de vampires qui pense autant qu’il agit. Ici, il devient une machine d’action affiliée aux Knights of the Holy Order, une organisation secrète pilotée par l’Église catholique, équipée de technologies cachées et d’un réseau de moines.
Résultat ? Un film calibré pour les ados du début des années 2000. Hugh Jackman joue un héros ultra-compétent, blindé de poses et de répliques attendues. À côté, David Wenham incarne le moine Carl, sidekick comique, pendant que Kate Beckinsale joue Anna, partenaire de combat et intérêt amoureux. En face, Richard Roxburgh pousse un Dracula théâtral, avec aussi Jekyll et Hyde et le monstre de Frankenstein dans le décor. Clairement, le film coche toutes les cases du gros spectacle CGI de l’époque.
Le box-office a suivi au début, puis le marché l’a rattrapé
Le paradoxe, c’est que le lancement n’a pas été mauvais. Van Helsing ouvre numéro un avec environ 47 millions d’euros (51 millions de dollars). Mais avec un budget estimé entre 147 et 156 millions d’euros (160 à 170 millions de dollars), puis une grosse campagne marketing, le total d’environ 276 millions d’euros (300 millions de dollars) restait trop juste pour lancer sereinement une suite.
Et 2004 n’a laissé aucune place aux films moyens. Cette année-là, le public avait Spider-Man 2, Shrek 2, Harry Potter and the Prisoner of Azkaban et The Incredibles. Quand l’offre devient aussi solide, un blockbuster bruyant mais banal décroche vite, surtout avec un bouche-à-oreille négatif.
Le vrai problème, c’était l’ordre des priorités
Ce que raconte Van Helsing, en creux, c’est une vieille erreur de studio. Le film n’a pas été pensé d’abord comme une bonne réinvention du personnage, mais comme un produit capable de vendre une franchise, des suites et sans doute pas mal de produits dérivés.
Et c’est pour ça que son cas reste parlant aujourd’hui. Bien avant le Dark Universe, Universal Pictures avait déjà essayé de remettre ses monstres au centre du jeu en mettant la stratégie avant le film lui-même. Sur le papier, ça se défendait. À l’écran, beaucoup moins.