En bref
- Skinamarink avait ouvert la voie avant Backrooms
- Le film canadien mise presque tout sur l’atmosphère
- Backrooms ajoute des personnages et un vrai payoff
Deux films peuvent parler de la même peur, viser le même malaise, et finir à des années-lumière l’un de l’autre. C’est exactement ce qui s’est joué entre Skinamarink et Backrooms.
Deux films, une même angoisse contemporaine
L’horreur liminale, ce goût pour les lieux de passage vides, trop familiers et pourtant faux, n’a pas attendu le carton de Backrooms pour exister. Mais le projet de Kane Parsons, lancé sur YouTube en 2019 après l’apparition d’une étrange photo immobilière sur 4chan, a clairement fait basculer ce sous-genre dans le grand public.
Le film Backrooms, porté par A24, a même transformé l’essai au box-office avec environ 340 millions d’euros de recettes mondiales (395 millions de dollars) pour un budget d’environ 9 millions d’euros (10 millions de dollars). Pas mal pour un cinéma qui repose sur des couloirs, du vide et un sentiment de déconnexion très actuel.
Quelques années plus tôt, Kyle Edward Ball avait pourtant déjà amené cette logique sur grand écran avec Skinamarink. Même terrain émotionnel, beaucoup moins de prise pour le public.
Quand la maison devient un piège mental
Chez Skinamarink, tout se passe dans une seule maison, au cours d’une nuit qui semble ne jamais finir. Deux enfants se réveillent, leurs parents ont disparu, et quelque chose dans l’ombre commence à jouer avec l’espace.
Le film construit sa peur à partir de presque rien. Des plans très longs, une lumière bleutée de télévision, des jouets déplacés sur la moquette, des pas qu’on entend plus qu’on ne voit. Les enfants parlent parfois, mais l’image les refuse souvent. Et c’est là que le film devient intéressant, presque obstiné. Il vous renvoie à une sensation d’enfance très précise, celle d’un réveil nocturne où la maison paraît connue et étrangère à la fois.
Une chaise collée au plafond, des plafonds qui deviennent des sols, un amas infini de briques LEGO fixé au-dessus. L’image est forte. On retrouve ce même goût du décor déréglé que dans Backrooms, sauf qu’ici tout baigne dans le noir plutôt que dans les néons.
L’erreur qui sépare le film culte du carton
Le problème, c’est que Skinamarink pousse le principe du moins c’est plus jusqu’au point de rupture. Pour ceux chez qui cette peur très particulière fonctionne, l’effet est radical. Pour les autres, il ne se passe presque rien. Résultat, un accueil ultra clivé, visible jusque sur Rotten Tomatoes, avec 44% d’avis positifs côté public.
Le reproche revient souvent, et il n’est pas absurde: plus installation d’art que vrai film narratif. Peu de personnages, presque pas de caractérisation, et une entité qu’on montre à peine. Backrooms repose pourtant sur un ressort proche, mais il compense là où Skinamarink se prive. Kane Parsons donne au spectateur des points d’accroche concrets avec Clark, alcoolique, et Mary, sa thérapeute. Même si l’atmosphère ne vous happe pas, il reste une relation, un trajet, une émotion.
Et le dernier acte apporte un vrai retour sur investissement avec l’apparition du monstre Pirate Clark. Montrer trop peut casser un film d’horreur, on le sait. Mais ne presque rien montrer du tout, quand on n’a ni récit fort ni personnages solides, ça limite vite l’impact. L’horreur liminale peut fasciner. Pour durer au-delà du cercle culte, elle doit aussi vous donner quelqu’un à suivre.