En bref
- Prisoners reste un thriller très solide
- Denis Villeneuve brillait déjà avant Dune
- Le casting regorge de futurs héros comics
Treize ans plus tard, Prisoners raconte surtout une chose très simple, et assez rare, sur Denis Villeneuve : il n’a pas attendu Dune, Blade Runner 2049 ou Arrival pour imposer une mise en scène qui serre la gorge. On l’associe aujourd’hui à la science-fiction. Ce thriller criminel rappelle qu’il savait déjà faire monter la pression sans esbroufe.
Avant Dune, Villeneuve savait déjà installer l’étau
En 2013, le cinéaste sortait d’Incendies et entamait son virage vers des productions anglophones plus ambitieuses, après un parcours dans le cinéma indépendant canadien et québécois, en français, avec des budgets plus modestes. Ce qui frappe, c’est la continuité. Laisser respirer un récit, oui, mais sans l’étirer pour rien.
Ici, Villeneuve passe beaucoup de temps sur l’enquête, et surtout sur l’érosion mentale de ses personnages. C’est là que le film tient encore très bien.
Un enlèvement, puis un père qui franchit la ligne
Le point de départ, lui, est brutal. Pendant Thanksgiving, Keller Dover, joué par Hugh Jackman, voit disparaître sa fille Anna, 6 ans, en même temps que Joy, la fille des voisins. L’enquête menée par le détective Loki, incarné par Jake Gyllenhaal, s’oriente vers Alex Jones, lié au camping-car aperçu près de la maison. Sauf qu’il manque des preuves pour l’arrêter.
Et c’est là que le film devient plus intéressant qu’un simple polar sur un ravisseur. Keller refuse d’attendre des semaines, ou des mois. Quand la police relâche Alex, il l’enlève à son tour, alors même que sa culpabilité n’est pas établie. Résultat ? Le film ne transforme jamais son héros en justicier confortable. Il le montre en train de commettre ses propres crimes.
Le duel Jackman-Gyllenhaal porte tout le film
Pour Jackman, encore très associé à Wolverine à l’époque, le contre-emploi est assez net. Il joue un père terrifié, impulsif, de plus en plus agressif. Le film ne cherche pas à le rendre sympathique, et c’est une bonne idée.
Face à lui, Gyllenhaal fait l’inverse. Son Loki est retenu, obsessionnel, presque opaque, avec des gestes et des tics qui le rendent étrange même en silence. L’un veut des réponses tout de suite, l’autre veut des éléments tangibles. Toute la tension est là.
Un thriller solide, pas totalement lisse
Bon, tout n’est pas parfait. Le film demande de la patience, certains rebondissements paraissent un peu commodes, et il lui arrive de prolonger son mystère alors qu’il a déjà semé pas mal d’indices. La fin, elle, peut diviser.
Mais le suspense tient. Clairement. Le public ne s’y est pas trompé, avec 87% sur Rotten Tomatoes, un démarrage en tête du box-office américain autour de 18 millions d’euros (20 millions de dollars) le premier week-end, puis environ 112 millions d’euros (122 millions de dollars) récoltés dans le monde.
Le bonus étrange, ce casting devenu un musée Marvel/DC
Vu aujourd’hui, le casting a presque un côté capsule temporelle. Paul Dano, suspect principal du film, deviendra le Sphinx de The Batman. Viola Davis, en mère prête à accepter des mesures extrêmes, sera plus tard Amanda Waller dans l’univers Suicide Squad. Terrence Howard, lui, avait été Rhodey avant Don Cheadle dans Iron Man 2.
Ajoutez David Dastmalchian, vu ensuite dans Ant-Man et The Flash, puis Dylan Minnette, passé par Agents of S.H.I.E.L.D.. En gros, Prisoners vaut déjà par lui-même. Mais ce casting lui donne aujourd’hui une autre couche de lecture. Et ça dit aussi quelque chose du parcours de Villeneuve : avant d’emmener le grand public sur Arrakis, il savait déjà perdre ses personnages dans des labyrinthes bien plus terre à terre. Le film est disponible à la location sur Prime Video.