En bref
- Marooned adapte un roman SF de 1964
- Le film change fortement l’intrigue du livre
- La NASA a aidé, sans sauver le box-office
Quatre mois après Apollo 11, sortir un drame spatial réaliste relevait presque du piège. Marooned, porté par Gregory Peck en 1969, avait pour lui un vrai savoir-faire, mais il s’est retrouvé coincé entre le réel, devenu spectaculaire, et 2001: L’Odyssée de l’espace, qui avait déjà redéfini l’imaginaire du genre.
Un film arrivé trop tard, ou trop tôt
On cite rarement Marooned parmi les grands titres de Peck. C’est un peu sévère. Le film a quand même John Sturges à la réalisation, un cinéaste qui avait déjà signé Les Sept Mercenaires ou La Grande Évasion, et un casting solide autour de lui, avec Gene Hackman, Richard Crenna, James Franciscus et David Janssen.
Le principe reste efficace, trois astronautes bloqués en orbite terrestre, avec un oxygène qui file et presque aucune marge d’erreur. Sur Terre, le patron de l’agence spatiale joué par Peck, Charles Keith, freine l’idée d’un sauvetage avant d’être contredit par le président, sensible à la proposition du colonel Ted Dougherty, qui veut lancer le vaisseau expérimental X-RV.
Et aujourd’hui, le film reste visible gratuitement sur Tubi. Pas mal pour un objet aussi discret dans l’histoire de la SF hollywoodienne.
Du roman à l’écran, l’histoire a beaucoup bougé
À l’origine, Marooned est un roman publié en 1964 par Martin Caidin. Sauf que le livre ne raconte pas du tout la même chose à l’identique. Chez Caidin, un seul astronaute, le major Richard « Dick » Pruett, reste coincé en orbite tandis que son ami Jim Dougherty pousse la NASA à lancer une mission de secours. Un cosmonaute envoyé par l’URSS entre aussi dans l’équation.
Le projet a d’abord tenté de prendre forme avec Frank Capra, au milieu des années 1960. Il a fini par abandonner en 1966, à cause du budget. Ensuite, Columbia Pictures a repris la main, engagé Sturges, puis gardé Caidin comme conseiller technique.
Le scénario de Mayo Simon a alors élargi le dispositif, avec trois hommes perdus dans l’espace au lieu d’un seul. Caidin a même réécrit son propre roman pour le rapprocher du film. Cette nouvelle version, pensée comme un tie-in, est sortie quelques semaines avant le long-métrage.
La NASA, un Oscar, et malgré tout un échec
Le plus ironique, c’est que Marooned n’a pas été bricolé à l’aveugle. La NASA a conseillé la production et fourni du vrai matériel du programme Apollo, ce qui donne aux décors une authenticité très nette. Visuellement, ça tient encore bien, et le film a d’ailleurs décroché l’Oscar des meilleurs effets visuels pour le travail de Robbie Robertson.
Résultat ? Un échec commercial. Le film a rapporté environ 4 millions d’euros (4,3 millions$) pour un budget situé entre 7 et 9 millions d’euros (8 à 10 millions$).
Roger Ebert, lui, jugeait que le film prouvait qu’il faudrait longtemps avant qu’un autre long-métrage spatial surclasse 2001. Il lançait aussi, assez sèchement, que Sturges aurait dû engager un meilleur conseiller technique, alors même que la NASA était déjà là. Mais il reconnaissait aussi que le film fonctionnait « très bien comme divertissement » et trouvait Hackman « particulièrement bon ».
C’est sans doute le bon verdict. Pas un sommet. Mais un film sérieux, parfois tendu, qui montre bien comment la SF de studio pouvait se faire avaler par son époque au moment même où elle cherchait à la raconter.