En bref
- Le Joker devient un symbole social
- Ses versions récentes misent sur le contrôle
- DC l’aligne sur les angoisses du moment
Le Joker n’est plus vraiment le Joker qu’une partie des fans a en tête. Le vieux Clown Prince du crime, imprévisible et simplement toxique, laisse la place à une figure plus froide, plus théorique, presque construite pour parler de la société autant que de Batman.
Le Joker ne cherche plus seulement le chaos
Pendant longtemps, le personnage pouvait se résumer à une idée simple, un super-vilain fou, dangereux, avec un goût évident pour la blague morbide. Ce n’est plus vraiment le cas. Dans The Dark Knight, Christopher Nolan en faisait déjà un agent du chaos décidé à prouver que la société était aussi corrompue que lui.
Et des années plus tard, Joker, sorti en 2019, poussait encore plus loin cette lecture. Le meurtre de trois hommes d’affaires aisés y déclenche un mouvement politique dans Gotham. Les deux films n’ont pas grand-chose à voir dans leur forme, mais ils partagent le même glissement, le Joker ne veut plus seulement détruire, il veut démontrer quelque chose.
Deux versions récentes, une même obsession du contrôle
Ce virage se voit aussi dans les adaptations les plus récentes. Dans Absolute Batman, série encore en cours signée Scott Snyder, Batman n’est plus un milliardaire, mais un ingénieur issu des classes populaires devenu justicier. En face, le Joker prend la forme de Jack Grimm, milliardaire et en réalité ancien démon immortel.
L’idée est assez radicale. Sa fortune lui donne une portée qui dépasse largement Gotham, au point d’être impliqué dans la naissance de plusieurs vilains de cet univers, et même dans celle de Batman. Là où sa version classique se délecte d’un monde absurde, celui-ci croit à une hiérarchie sociale avec lui tout en haut. Clairement, on n’est plus dans la simple anarchie.
Chez Prime Video, avec Batman: Caped Crusader, le vernis change, pas le fond. Ce Joker utilise sa toxine pour dérégler l’ordre naturel de Gotham, et il planifie jusqu’à la minute exacte de la mort de ses victimes. Résultat ? Un autre stratège, persuadé de sa propre supériorité.
Un miroir de l’époque plus qu’un simple méchant
Le plus intéressant, c’est ce que dit cette évolution du moment culturel. En 2019, avant la sortie de Joker, pas mal de craintes circulaient sur un possible passage à la violence politique dans le monde réel. Elles se sont en grande partie révélées infondées, mais leur existence racontait déjà quelque chose, le personnage était devenu chargé politiquement.
On le voit même hors des films et des comics. Le mème Joker associé à la formule « nous vivons dans une société » a servi à se moquer des hypocrisies perçues du monde contemporain, au point d’être repris tel quel dans Justice League, version Snyder Cut.
Le mouvement est assez net. Aujourd’hui, le Joker ressemble moins à un criminel obsédé par les blagues qu’à un terroriste philosophique fasciné par ce que la société a de plus sombre. Et ça compte, parce qu’un vilain redéfini de cette manière ne change pas seulement l’équilibre de Batman, il dit aussi comment la pop culture choisit, en 2024, de raconter nos angoisses collectives.