En bref
- Dumbo voulait critiquer la machine Disney
- Le film a rapporté moins qu’espéré
- La stratégie remake a pourtant continué
Il y avait un drôle de paradoxe dans Dumbo. Tim Burton signait un remake produit par Disney, tout en essayant d’en montrer la logique la plus cynique. Sur le papier, c’est presque la meilleure idée du film. À l’écran, elle ne tient qu’à moitié.
Un remake qui visait plus qu’un simple coup de caisse
Depuis les années 2010, Disney a clairement ralenti sur les gros films live-action originaux pour pousser ses remakes animés. Le problème, vous le connaissez, ils allongent souvent la durée, empilent des visages connus et n’ajoutent pas grand-chose. Il y a bien eu des exceptions, comme Le Livre de la jungle de Jon Favreau ou Peter et Elliott le dragon de David Lowery.
Avec Dumbo, le studio cochait pourtant pas mal de cases rassurantes. Un réalisateur identifié, un casting solide, et une base connue. Colin Farrell joue un ancien combattant de la Première Guerre mondiale devenu soigneur dans un cirque, face à un éléphanteau aux oreilles démesurées. Autour de lui, Michael Keaton, Danny DeVito, Eva Green et Alan Arkin.
L’idée la plus forte du film ne va jamais au bout
Là où Burton tente autre chose, c’est dans sa lecture du conte. Son Dumbo élargit l’histoire de la maltraitance animale pour parler des entreprises, du spectacle et de l’argent qui pilote la création. Le personnage de V. A. Vandevere, joué par Michael Keaton, est un patron de parc d’attractions avide qui veut récupérer Dumbo pour Dreamland, un lieu qui évoque ouvertement les parcs Disney.
Le film va même jusqu’à intégrer un financier de Wall Street derrière ce grand projet. On voit bien ce que Burton cherche, une fable sur les compromis artistiques à l’intérieur d’une machine sans âme. Lui-même avait déjà décrit Disney comme « un horrible grand cirque » et se comparait à Dumbo. Mais le film n’ose jamais mordre franchement. Résultat, des idées fortes, puis un récit trop chargé, trop gonflé, qui finit par oublier l’essentiel, le public vient d’abord pour la créature, pas pour les humains.
Le box-office n’a pas suivi les attentes de Disney
Le démarrage a pourtant été correct. Dumbo a pris la tête du box-office lors de sa première semaine. Mais sur la durée, le film s’est arrêté à environ 325 millions d’euros (353 millions de dollars) pour un budget d’environ 156 millions d’euros (170 millions de dollars).
Ce n’est pas un crash total. C’est juste trop peu à l’échelle de Disney, surtout en 2019, l’année où Aladdin et Le Roi Lion ont dépassé le milliard. Parmi les remakes animés live-action sortis cette année-là au cinéma, Dumbo a été le plus faible.
Un échec sans vraie conséquence pour la stratégie Disney
C’est presque le plus intéressant. Si Dumbo avait mieux marché, il aurait peut-être ouvert la porte à une suite, avec des idées reprises de Dumbo II, un projet d’animation annulé au début des années 2000. Il devait introduire le père de Dumbo et suivre plusieurs animaux de cirque séparés de leur troupe, perdus dans une métropole.
Mais l’échec du film n’a pas ralenti Disney. Les cartons d’Aladdin et du Roi Lion ont validé la formule, et le studio s’y accroche encore. C’est là que Dumbo raconte quelque chose de plus large qu’un simple faux pas, même quand un remake essaie de se regarder dans le miroir, la machine continue d’avancer.