Pourquoi l’adaptation de Bradbury a viré au naufrage total

Sorti le 2 septembre 2005, A Sound of Thunder devait adapter un classique de Ray Bradbury. Le résultat a cumulé les mauvais choix avant même sa sortie.

A Sound of Thunder
A Sound of Thunder — Franchise Pictures / PR-ADN

En bref

  • Le film sort en 2005 et s’écrase
  • Le projet accumule les ennuis avant tournage
  • L’adaptation trahit la nouvelle de Bradbury

Adapter Ray Bradbury, c’était déjà une promesse. Adapter A Sound of Thunder, une des histoires qui ont fixé notre imaginaire du voyage dans le temps, c’était encore plus risqué. Et le film sorti le 2 septembre 2005 a raté l’essentiel, pas juste un détail.

Un classique de la SF transformé en faux bon plan

La nouvelle originale, publiée en 1952, a marqué le genre avec une idée limpide et redoutable, retourner dans le passé, commettre une erreur, puis découvrir que le présent a déraillé. Sur le papier, le long-métrage avait de quoi tenir. On y trouvait Edward Burns, Catherine McCormack et Ben Kingsley, avec toujours cette base de tourisme temporel qui tourne mal.

Mais la réalité a été brutale. Le film a échoué au box-office, les critiques l’ont démonté, et les fans ont vu surtout une adaptation qui s’éloigne d’un texte pourtant presque taillé pour le cinéma.

Le projet a commencé à se dérégler très tôt

Avant même les caméras, ça coinçait déjà. Le film devait d’abord être mis en scène par Renny Harlin, avec Pierce Brosnan en tête d’affiche. Puis Brosnan a demandé une réécriture du script. En novembre 2001, il quitte le projet. Edward Burns prend sa place, et Harlin sort aussi du cadre.

C’est finalement Peter Hyams qui passe à la réalisation. Un choix pas absurde, il avait signé Timecop et End of Days. Le vrai problème venait ailleurs, du script et de la machine industrielle autour. Les scénaristes, Thomas Dean Donnelly et Joshua Oppenheimer, avaient notamment écrit le pilote non retenu de Thoughtcrimes et le film Sahara, resté célèbre pour son échec commercial. Puis Franchise Pictures fait faillite pendant la postproduction. Résultat, le budget se tend et le film s’appuie sur un logiciel de prévisualisation.

Le film trahit presque tout ce qui faisait la nouvelle

Là, le vrai décrochage se voit. Le récit simple et implacable de Bradbury devient une sorte d’histoire de casse temporel, avec des personnages qui multiplient les allers-retours pour réparer les dégâts, et qui aggravent tout. Ce n’est plus la même mécanique, ni la même peur.

Le film ajoute aussi des time waves franchement bancales, autant en fiction qu’en pseudo-science. Et il pousse jusqu’à transformer un personnage en hybride homme-poisson-chat, censé incarner les effets des changements de ligne temporelle. Même la fin change, ce qui affaiblit complètement la portée de fable sombre de la nouvelle.

Pourquoi l’échec compte encore aujourd’hui

Quand l’écriture déraille, les effets spéciaux n’aident pas. Ici, ils sortent carrément le spectateur du film. Les performances ont été largement critiquées aussi, et même un détail comme la coiffure de Ben Kingsley est resté dans les mémoires, mais pas pour de bonnes raisons.

Bref, ce ratage raconte quelque chose de plus large sur la science-fiction au cinéma. Avoir une grande idée ne suffit pas, surtout avec le voyage dans le temps, un concept qui pardonne mal les bricolages. Le film est visible sur Prime Video via l’option Howdy. Mais ce qu’il laisse surtout, c’est l’impression qu’un autre cinéaste finira bien par redonner sa chance à Bradbury.

Morgan Fromentin

Spécialiste Pop Culture

Depuis 2018, je décrypte l'actualité technologique ainsi que les dernières nouveautés cinéma et séries sur Begeek.fr.

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