Dragon Ball Z n’était pas le plan de Toriyama, et ça change tout

On associe Akira Toriyama aux combats géants de Dragon Ball Z. En réalité, son terrain naturel était la comédie, et tout part d’un concours payé.

Dragon Ball
Dragon Ball — Akira Toriyama / PR-ADN

En bref

  • Toriyama n’a jamais visé Dragon Ball Z
  • Son premier moteur, c’était l’argent
  • Le gag a précédé l’action

On a longtemps rangé Akira Toriyama dans la case des grands architectes du shonen d’action. C’est vrai, mais c’est incomplet. Le plus intéressant, en regardant son parcours, c’est presque l’inverse, Dragon Ball Z n’était pas un projet pensé comme tel, ni même le terrain naturel de son auteur.

Avant les Super Saiyans, un auteur qui courait après un prix

Chez Toriyama, le point de départ est très prosaïque. Après avoir quitté son travail de designer, il cherchait surtout de quoi tenir financièrement. Il racontait lui-même qu’il s’était lancé dans le manga pour tenter de décrocher une récompense en argent. Il rate d’abord un concours doté de 500000 yens, soit environ 3080 euros, puis se rabat sur un concours mensuel de Weekly Shōnen Jump à 100000 yens, environ 616 euros. Ce n’était pas beaucoup, mais il était fauché.

Ce détail change la lecture du mythe. On n’est pas face à un auteur qui aurait planifié un empire transmedia, plutôt devant un jeune homme vivant chez ses parents, en campagne, qui dessinait sans relâche pour payer les courses. Toriyama est mort en 2024 d’un hématome sous-dural aigu.

Le duo Toriyama-Torishima a fabriqué bien plus qu’un succès

Son travail finit par tomber sous les yeux de l’éditeur Kazuhiko Torishima. Il y voit du potentiel, mais refuse ses propositions à plusieurs reprises. Il faut attendre 1980 pour que ça bascule avec Dr. Slump, l’histoire du savant fainéant Senbei et de la petite androïde surpuissante Arale.

Ce n’est pas anodin. Toriyama connaissait mieux les films d’action de Hong Kong et le cinéma Hollywood que le manga contemporain. Et Torishima, de son côté, pensait qu’en poussant ce sens de l’espace vers l’action, il tenait quelque chose de plus grand encore.

Un dessinateur génial, souvent par économie de moyens

Toriyama parlait de son dessin avec une modestie presque trompeuse. Les cheveux blonds des Super Saiyans ? Une façon d’éviter l’encrage, jugé trop pénible. Les trames ? Même logique. Il admettait aussi qu’à ses débuts, il comprenait mal les muscles et les articulations, alors il improvisait.

Mais il ne faut pas confondre raccourci et faiblesse. Son vrai tour de force, c’est d’avoir tenu une charge de travail folle avec très peu d’aide. Là où Takehiko Inoue travaillait sur Slam Dunk avec quatre assistants, Toriyama n’en a eu qu’un à la fois, et les débuts de Dr. Slump ont été dessinés seul. Son goût pour les animaux, nourri dès l’enfance par des encyclopédies usées jusqu’à la corde, se voit partout, jusque dans Dragon Quest.

Dragon Ball a grandi, puis Dragon Ball Z a pris toute la place

Le paradoxe est là. Le moment le plus libre de Toriyama, ce n’est sans doute pas Dragon Ball, mais Dr. Slump, avec ses dinosaures, ses animaux parlants, ses blagues scatologiques, ses personnages qui traversent les cases et ses références pop jetées dans tous les sens. Un joyeux chaos.

Puis Dragon Ball arrive. Au début, on y retrouve encore les gags de Dr. Slump et l’énergie martiale façon Jackie Chan. Après, l’équilibre casse. Les blagues reculent, les entraînements et les combats prennent tout l’écran, jusqu’à la dramaturgie de Dragon Ball Z. Résultat, une montée en puissance si extrême que pas mal de personnages deviennent secondaires. Et l’anime, diffusé pendant la publication du manga, gonfle encore plus. La version Dragon Ball Z Kai, resserrée, est souvent jugée plus digeste.

Ce glissement a laissé une trace énorme. Beaucoup de shonen modernes ont retenu la mécanique de Dragon Ball, moins son absurdité. Seul One Piece retrouve vraiment quelque chose de cet humour-là. C’est peut-être ça, le vrai héritage de Toriyama, un auteur que l’industrie a figé en machine à combats, alors que son premier langage était le gag.

Morgan Fromentin

Spécialiste Pop Culture

Depuis 2018, je décrypte l'actualité technologique ainsi que les dernières nouveautés cinéma et séries sur Begeek.fr.

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