En bref
- Don’t Breathe reste un sommet de l’horreur moderne
- Sa suite trahit la logique du premier film
- L’absence de Fede Álvarez pèse lourd
Dix ans après, Don’t Breathe garde une place à part. Et c’est presque ça, le plus frustrant, sa suite a tellement raté le virage qu’elle a fini par ternir un peu le souvenir d’un des films de genre les plus malins des années 2010.
Un film qui avait compris comment piéger son public
Au départ, tout semblait assez simple. Trois jeunes entrent chez un homme aveugle pour le cambrioler. Les bandes-annonces poussaient d’ailleurs le spectateur vers une lecture évidente, les intrus seraient les vrais salauds, et l’homme qu’ils visent la victime qu’on allait soutenir.
Sauf que Fede Álvarez faisait exactement l’inverse. Dans la maison de Norman Nordstrom, incarné par Stephen Lang, le danger changeait de camp, puis changeait encore. Les pièges, la disposition de l’espace, et surtout les révélations sur Norman transformaient ce home invasion en cauchemar beaucoup plus tordu. Bref, le film détournait un vieux code du genre au lieu de le réciter.
Le vrai poids du premier film, au-delà du buzz
Ce n’était pas qu’un bon concept. Stephen Lang y était franchement terrifiant, tandis que Jane Levy tenait très bien son rôle de final girl, dans la lignée de son travail avec Álvarez sur Evil Dead.
Les chiffres ont suivi. Le film a rapporté plus de 138 millions d’euros (150 millions de dollars) pour un budget d’environ 9 millions d’euros (10 millions de dollars). Et son 88% sur Rotten Tomatoes le place clairement dans le haut du panier de l’horreur moderne.
La suite a inversé la mauvaise chose
Cinq ans plus tard, Don’t Breathe 2 déplace son centre de gravité. Norman vit caché et élève sa jeune fille, avant que des intrus l’enlèvent. Sur le papier, il y a un film possible. Mais pas celui qu’on attendait de cette franchise.
Le premier surprenait parce qu’il cassait les automatismes. Le second, lui, suit des rails bien plus familiers. Même ses meilleures scènes n’ont pas ce sentiment de nouveauté qui faisait tout le sel de l’original.
Faire de Norman un héros, le pari qui ne passait pas
Le vrai nœud est là. Don’t Breathe avait installé Norman comme un monstre, un homme qui retenait une femme captive dans son sous-sol pour lui imposer de donner naissance à un enfant censé remplacer sa fille morte. Il comptait faire la même chose au personnage de Jane Levy.
Du coup, vouloir en faire une figure héroïque dans la suite demandait un travail d’expiation énorme. Le film ne le fait jamais vraiment. Pas assez pour donner au public une raison solide de s’attacher à lui, encore moins de lui pardonner.
L’absence d’Álvarez a laissé un vide évident
Il y a plusieurs raisons à cet échec, mais une ressort nettement, Fede Álvarez n’était pas à la réalisation. Il restait impliqué comme producteur et scénariste, oui. Mais la mise en scène, elle, passait à Rodo Sayagues, collaborateur régulier d’Álvarez qui signait ici son premier long métrage.
Et ça se sent dans la tension. Cette précision presque physique, celle qui faisait fonctionner Don’t Breathe, manque souvent. D’autant qu’un autre projet écrit par Álvarez sans être réalisé par lui, The Texas Chainsaw Massacre version 2022, avait lui aussi été mal reçu. Si vous voulez revoir ce qui rendait le premier si spécial, il est disponible sur Netflix. Le plus intéressant, maintenant, c’est ce que ce cas dit d’Hollywood, une bonne idée ne survit pas toujours à une mauvaise relecture.