En bref
- Gravity a 13 ans et tient toujours debout
- Le film a rapporté environ 665 millions d’euros
- Interstellar l’a partiellement éclipsé ensuite
On a un drôle de cas avec Gravity. Le film a été un triomphe, critique comme public, et pourtant il circule moins dans les discussions que d’autres grands titres SF des années 2010.
Un carton devenu discret
Sorti le 4 octobre 2013, le long-métrage d’Alfonso Cuarón a tout du poids lourd. 96 % sur Rotten Tomatoes, environ 665 millions d’euros de recettes mondiales (723,2 millions de dollars) pour un budget estimé à 120 millions d’euros (130 millions de dollars), puis dix nominations aux Oscars et sept statuettes à l’arrivée.
La moisson est parlante, meilleure réalisation, photographie, montage, musique originale, montage sonore, mixage sonore et effets visuels. Pas mal. Surtout pour un film qui, aujourd’hui, semble moins cité qu’il ne devrait dès qu’on parle de grande science-fiction moderne.
Le projet qui a failli ne jamais voir le jour
Avant d’arriver en salles, Gravity a pourtant longtemps flotté. Alfonso Cuarón, cinéaste mexicain révélé d’abord par Sólo con tu pareja, avait déjà enchaîné A Little Princess, Great Expectations, puis surtout Y tu mamá también, Harry Potter and the Prisoner of Azkaban et Children of Men.
Après ce parcours, il voulait viser encore plus grand. Le premier jet de Gravity est écrit en 2008 avec son fils Jonás Cuarón. Le projet passe par Universal, se bloque dans ce que l’industrie appelle l’enfer du développement, puis redécolle quand Warner Bros. le récupère. Vu le résultat final, ce détour dit aussi quelque chose de l’époque, les studios aiment la SF ambitieuse, mais seulement quand ils croient la tenir sous contrôle.
Un récit simple, une secousse émotionnelle
Sur le papier, l’histoire est limpide. Sandra Bullock joue Ryan Stone, ingénieure médicale envoyée dans l’espace pour sa première mission. George Clooney incarne Matt Kowalski, le commandant. Une sortie extravéhiculaire tourne au désastre quand des débris pulvérisent leur navette et tuent le reste de l’équipage.
Mais Gravity ne tient pas seulement par sa technique, même si elle reste impressionnante. Sa vraie force, c’est le scénario, qui utilise la catastrophe pour raconter un passage du deuil vers une volonté de vivre retrouvée. À mesure que le film avance, il devient plus étrange, presque irréel, entre la tentative de suicide de Stone, l’apparition de Kowalski et une fin chargée de métaphores visuelles autour du fœtus et de l’évolution. Résultat, le film a quelque chose de très physique et de très mental en même temps.
L’ombre portée d’Interstellar
Un an plus tard, Christopher Nolan sort Interstellar. Là, le rapprochement saute aux yeux, deux stars, une mission spatiale, des survivants isolés, et une obsession du retour. Lui aussi cartonne, lui aussi tourne autour des 700 millions de dollars au box-office.
Sauf que Interstellar a pris une place presque mythique dans la culture geek, quand Gravity a reculé d’un cran. C’est un peu injuste, parce que les deux films n’essaient pas exactement de faire la même chose. L’un ouvre vers le cosmos et le temps, l’autre serre l’étau autour d’une seule femme. Et treize ans après, ce choix-là reste sacrément efficace.