En bref
- Severed Dreams marque un basculement politique majeur
- La bataille repose sur trois saisons de tension
- Malgré ses limites, l’épisode reste un sommet
La vraie force de Babylon 5 n’est pas de montrer des vaisseaux qui explosent. C’est d’emmener ses personnages jusqu’au moment où tirer signifie tirer sur les leurs. Dans Severed Dreams, l’ennemi n’est pas une espèce inconnue, mais la flotte de la Terre venue reprendre la station par la force.
Quand la SF télé ose la guerre chez elle
On a souvent rapproché Babylon 5 de Star Trek: Deep Space Nine, logique, les deux séries vivent autour d’une station spatiale happée par un conflit plus large. Sauf que la série de J. Michael Straczynski regarde l’avenir avec moins d’illusions. Au XXIIIe siècle, les inégalités, le racisme et l’appât du gain n’ont pas disparu. Et la Earth Alliance glisse peu à peu vers la xénophobie puis l’autoritarisme.
Arrivé à la saison 3, ce glissement débouche sur une vraie guerre civile. Babylon 5, épaulée par l’Alexander et le Churchill, se retrouve face à des destroyers terriens autrefois alliés. Résultat, la bataille raconte autant une rupture politique qu’un affrontement militaire.
Une bataille qui paie trois saisons de montée en tension
Si l’épisode tient aussi bien, c’est parce qu’il ne sort pas de nulle part. J. Michael Straczynski avait conçu un arc sur cinq saisons, une méthode devenue banale depuis, mais franchement rare à la télévision des années 1990. On sent cette architecture dans Severed Dreams, qui récolte tout ce que la série a semé depuis l’assassinat du précédent président de la Terre.
Même à plus petite échelle, tout s’emboîte. Les épisodes Messages from Earth, Point of No Return puis Severed Dreams forment une montée en pression très nette. John Sheridan et son équipage doivent choisir entre l’obéissance et leur conscience, avec une conséquence simple, perdre revient à finir traîtres et exécutés.
Le spectacle compte, mais le coût humain ne disparaît jamais
Les images de synthèse ont vieilli, oui. Mais la mise en scène de David Eagle reste remarquablement claire. On distingue toujours les camps, qu’il s’agisse des gros destroyers ou des chasseurs, et l’idée d’envoyer Susan Ivanova au front donne un point de vue humain à une bataille qui pourrait sinon rester trop abstraite.
Major Ryan, joué par Bruce McGill, le résume d’une phrase terrible : « Cette fois, nous connaissons tous ceux que nous tuons. » Tout est là. Même le moment le plus spectaculaire, le sacrifice du Churchill qui éperonne le Roanoke, reste douloureux. On entend seulement Sandra Hiroshi à la radio, puis le signal s’éteint.
Un épisode bricolé dans l’urgence, puis devenu un tournant
L’ironie, c’est que cet épisode si maîtrisé a été produit dans une vraie course contre la montre. Le personnage de General Hague a dû être écarté hors champ, Robert Foxworth étant indisponible, et remplacé par Major Ryan. La production avait aussi besoin d’environ 92 000 euros supplémentaires (100000$) pour boucler la bataille.
J. Michael Straczynski a expliqué qu’un épisode standard comptait 70 à 80 plans, contre environ 140 ici. Le montage final a été bouclé quelques heures avant la diffusion, avec au passage une erreur de continuité sur les noms Roanoke et Agrippa. Pas de quoi casser l’impact. Surtout quand Delenn débarque avec la flotte minbari et lance à l’ennemi : « Un seul capitaine humain a survécu à une bataille contre une flotte minbarie. Il est derrière moi. Vous êtes devant moi. Si vous tenez à la vie, allez ailleurs. »
Et le plus important est là. Après cet épisode, le statu quo ne revient pas. Babylon 5 déclare son indépendance, Sheridan abandonne son uniforme, et la série prouve qu’un grand épisode d’action peut aussi laisser des cicatrices durables.