En bref
- Coraline grimpe dans le top 3 streaming
- Son horreur assumée reste intacte
- Laika Studios récolte encore les fruits
Quand un film d’animation de 2009 remonte dans le top 3 de trois plateformes à l’approche d’Halloween, ce n’est pas juste un effet de catalogue. Coraline redevient un réflexe de saison, et ça raconte aussi notre fatigue devant les faux films effrayants, très propres, très sages, qui ne laissent aucune trace.
Un succès de saison, mais pas un hasard
À côté des classiques qu’on relance en octobre, de The Shining à Casper, Coraline occupe une place à part. Le film s’est hissé parmi les contenus les plus vus sur trois services différents. Pour un long-métrage d’animation en stop-motion, 17 ans après sa sortie, ce n’est pas anodin.
On parle d’un film qui revient sans cesse dans les sélections de la période, et pas seulement par nostalgie. Son esthétique en pâte à modeler, sa noirceur très nette, et cette sensation d’inconfort qui ne lâche jamais en font un objet rare. Même aujourd’hui, il n’a presque pas bougé. Clairement, ça aide.
Le contre-modèle du film pour enfants aseptisé
Réalisé par Henry Selick, pas par Tim Burton, Coraline adapte une novella de Neil Gaiman avec une idée simple et terriblement efficace. Une enfant, Coraline Jones, quitte le Michigan pour l’Oregon avec des parents absorbés par leur travail. Elle découvre alors un « autre monde » qui semble corriger tout ce qui manque dans sa vraie vie.
Le piège, vous le voyez venir. Une « autre mère » attentionnée, un décor parfait, puis ce détail qui fait basculer le film, les yeux remplacés par des boutons cousus. Et cette mère de rechange veut infliger la même chose à Coraline pour la garder avec elle. À partir de là, le film assume ses frissons, ses monstres, ses images franchement dérangeantes, avec en prime un chat errant capable de se téléporter.
Face à un certain modèle Disney, où le danger reste balisé, Coraline joue l’option inverse. Pas pour choquer gratuitement, mais pour rappeler qu’un film d’animation peut aussi inquiéter, bousculer, rester en tête pendant des années. Bon, parfois même un peu trop.
Un pari industriel devenu classique durable
Le plus intéressant, c’est que ce film n’a rien d’un accident. Henry Selick et Laika Studios ont passé des années à le fabriquer, avec la minutie presque obsessionnelle qu’exige la stop-motion. Le budget, énorme pour ce format, atteignait environ 55 millions d’euros (60 millions de dollars).
Le risque était réel. Mais les critiques solides et le bouche-à-oreille ont fait le reste, jusqu’à un box-office d’environ 173 millions d’euros (188,3 millions de dollars). Son retour en streaming tombe en plus au bon moment, alors que Laika Studios accompagne l’arrivée de son nouveau film, Wildwood, au cinéma.
Et c’est peut-être ça, le vrai sujet. Quand un studio investit sérieusement dans une animation artisanale, sombre, précise, le film peut survivre bien au-delà de sa sortie. Vous lancez Coraline pour Halloween, et vous retombez surtout sur une idée qu’on avait un peu oubliée, un film pour enfants peut encore oser.