En bref
- Le rêve peut enrichir ou saboter la SF
- Certains films y gagnent, d’autres s’y perdent
- Ces scènes disent beaucoup de leurs franchises
En science-fiction, un rêve n’est jamais juste un rêve. C’est souvent le test le plus cruel pour un film, celui qui révèle s’il maîtrise son univers ou s’il improvise en cours de route. Et la liste est longue, de Ridley Scott à Christopher Nolan.
Quand le rêve sert vraiment l’histoire
Il y a les cas où ça fonctionne. Dans Aliens, le cauchemar du chestburster rappelle le traumatisme de Ripley et reste, ironiquement, le moment le plus terrifiant du film. Dans Blade Runner, la licorne ajoutée par Ridley Scott dans son director’s cut change tout, parce que l’origami laissé par Gaff suggère que Deckard pourrait lui aussi être un réplicant.
Même logique dans Brazil, où les visions de Sam Lowry, parfois sublimes, parfois franchement cauchemardesques avec les bébés bossus, racontent sa fuite mentale d’un monde broyé par la bureaucratie et la technologie. Et dans Star Wars, les rêves peuvent servir de boussole tragique, qu’il s’agisse de la prémonition d’Anakin Skywalker sur Padmé Amidala ou de la vision de Rey autour du sabre de Luke Skywalker, assez souple pour coller aux deux versions de son passé.
Le moment où la mise en scène décroche
D’autres scènes, en revanche, donnent surtout l’impression d’un faux pas. Le rêve de Paul Atreides sur l’empereur dans le Dune de 1984 paraît presque monté par erreur, alors que le film de David Lynch, déjà très chargé, peine à rendre lisible le roman de Frank Herbert. C’est d’ailleurs ce qui rend l’adaptation de 2021 par Denis Villeneuve plus convaincante sur ce point.
Même gêne devant le cauchemar aux sauterelles de Jean-Luc Picard dans Star Trek: First Contact, jugé trop démonstratif pour un personnage que Patrick Stewart sait exprimer sans effet appuyé. Et puis il y a le vélociraptor qui parle à Alan Grant dans Jurassic Park III. Là, on bascule presque dans la parodie involontaire.
Des rêves qui montrent aussi les limites d’une franchise
Le problème devient plus visible encore quand un rêve doit porter une franchise entière. La séquence Knightmare de Batman v Superman montre un futur ravagé, un Superman maléfique, puis l’arrivée éclair de Flash qui explique à Bruce Wayne que Lois Lane est la clé. Résultat, un teaser déguisé pour Darkseid, absent de la version cinéma de Justice League.
Chez Nolan, c’est différent mais pas totalement plus net. Cobb n’explique que tardivement à Ariadne qu’il a déjà pratiqué l’inception sur Mal, dont la projection parasite ensuite le film comme une figure d’horreur au milieu d’un récit ultra mécanique. L’idée est forte. L’émotion, un peu moins.
Et parfois, le bizarre devient le sujet
Il reste enfin les films qui assument de marcher au bord du vide. Dans Southland Tales, Justin Timberlake incarne Private Pilot Abilene, prend une drogue expérimentale et se met à mimer The Killers avec des infirmières dans une vision hallucinée. Le préquel en comics donne un semblant d’explication, pas la scène elle-même. Le rejet à Cannes puis le statut culte du film disent pas mal de son destin.
Et Vanilla Sky pousse le principe plus loin encore. Pour Cameron Crowe, le film peut se lire de plusieurs façons, du rêve total au basculement après l’accident de David Aames. Bref, en SF, le rêve n’est pas seulement une parenthèse visuelle. C’est souvent l’endroit exact où un film montre sa vraie nature.