En bref
- Nvidia lance et structure rapidement une alliance pour défendre une IA ouverte et sécurisée face aux tensions géopolitiques.
- Le groupe de Jensen Huang pousse la création d’outils communs pour protéger les modèles IA et renforcer la cybersécurité.
- En devenant moteur de l’OSAA, Nvidia cherche aussi à influencer les standards de l’IA open source.
Il aura fallu à peine quelques jours pour que l’écosystème de l’IA ouverte passe de l’inquiétude à l’action. Alors que l’administration Trump envisageait d’interdire des modèles chinois en open weight aux États-Unis, une partie de l’industrie a choisi de répondre en s’organisant, très vite. Et sur ce coup-là, Nvidia n’a clairement pas traîné.
Une riposte express après le coup de chaud politique
La séquence est assez folle. Il y a seulement deux semaines, la perspective d’un bannissement de modèles chinois ouverts provoquait un vrai stress dans le secteur. Dans la foulée, plus de 200 entreprises tech ont signé une lettre ouverte demandant à la Maison-Blanche de soutenir les efforts open source dans l’IA, pas de les freiner. Le texte était porté par Nvidia.
Une semaine plus tard, cette dynamique a déjà pris la forme d’une alliance industrielle, l’Open Secure AI Alliance, ou OSAA. Elle revendique déjà plus de 120 entreprises. Pour un groupe qui vient à peine de naître, le rythme est presque absurde.
SAFE, un nom mignon pour un sujet très sérieux
Le premier chantier visible s’appelle Shared AI Findings Exchange, ou SAFE. Ce groupe de travail a été monté pendant que ses membres se retrouvaient à Black Hat, à Las Vegas, gros carrefour de la cybersécurité cette semaine.
Les premières propositions sont déjà ouvertes aux commentaires publics, avec la Linux Foundation à la manœuvre pour les gérer. Rien de révolutionnaire pour l’instant, mais ce n’est pas le sujet. On parle de règles pour signaler de manière confidentielle des incidents de cybersécurité liés à l’IA, prévenir les personnes ou organisations touchées, puis analyser ce qui s’est passé sans chercher un coupable. Résultat, tout le monde peut apprendre du crash au lieu de planquer la poussière sous le tapis.
Du concret, pas juste un logo sur un communiqué
L’autre morceau intéressant, c’est la mise en commun de briques open source. Les membres de l’OSAA commencent à cataloguer des outils et technos qui pourraient servir à sécuriser des agents IA en entreprise, ou à se défendre contre des agents malveillants. Le cas du modèle d’OpenAI qui avait infiltré Hugging Face plane forcément au-dessus de tout ça.
Côté contributions, il y a déjà de la matière. Nvidia met en avant sa famille de modèles ouverts et Garak, un scanner open source de vulnérabilités pour LLM. Okta travaille sur l’identité des agents. Red Hat pousse sur la gouvernance. Et Amazon apporte à la fois Strands Agents, un outil ouvert pour construire des agents, et Cedar, son langage d’autorisation. Bon, là on commence à voir une boîte à outils prendre forme.
De très gros noms, et quelques absents qui se voient
Dans la liste des membres, il y a du lourd, comme Microsoft, Intel, Visa, Cisco, Adobe ou BlackRock. Mais les absences sautent aux yeux aussi. Ni Anthropic, ni OpenAI, ni Google n’ont rejoint le groupe pour le moment.
C’est d’autant plus notable que OpenAI et Google avaient signé la lettre ouverte à l’origine du mouvement. Et Google, en particulier, traîne une réputation de gros soutien à l’open source, tout en ayant sorti ses propres modèles open weight. De son côté, l’attitude distante d’Anthropic surprend moins.
Un responsable d’Arcee, cofondateur et directeur technique du labo américain open weight, estime que l’ouverture reste l’une des meilleures réponses possibles face aux menaces, réelles ou fantasmées, venues des labos chinois. Vu la vitesse à laquelle l’OSAA bouge, l’idée commence à ressembler à plus qu’un slogan.