En bref
- Peter Jackson a signé un classique zombie culte
- Braindead poussait le gore jusqu’au record
- Le réalisateur n’est jamais revenu à l’horreur
On associe spontanément Peter Jackson à Le Seigneur des anneaux, à J.R.R. Tolkien, à une fantasy gigantesque et parfaitement huilée. C’est vrai. Mais ça masque presque totalement un autre visage du cinéaste, bien plus sale, plus drôle, et franchement plus imprévisible.
Avant la fantasy, un bain de sang très néo-zélandais
En 1992, Braindead sort au cinéma. Aux États-Unis, le film prend le titre Dead Alive. Le point de départ résume assez bien sa logique interne, celle d’un cauchemar poussé jusqu’au burlesque, avec Lionel qui tente de s’occuper de sa mère après la morsure d’un singe-rat venu de Sumatra, aperçu dans un zoo. La contamination tourne vite au désastre et le voisinage bascule à son tour.
Ce qui frappe, ce n’est pas seulement l’idée. C’est le ton. Comédie zombie, film de monstres, farce visuelle, tout se mélange. Et ça tient quand même.
Pourquoi le film est resté culte
Le film aligne des trouvailles que peu de réalisateurs oseraient aujourd’hui. Une oreille qui tombe dans un dessert, un prêtre kung-fu, des corps qui se délitent dans tous les sens, des créatures franchement réjouissantes. Peter Jackson pousse le grotesque jusqu’à une forme de précision artisanale, presque maniaque.
Surtout, Braindead a longtemps traîné une réputation simple, celle du film le plus sanglant de son époque. Le climax aurait nécessité 79,2 gallons de faux sang, soit environ 300 litres. Et sur l’ensemble du tournage, le total grimperait à 1 000 gallons, environ 3 785 litres. Résultat, gore omniprésent, censure dans plusieurs pays et montages amputés. Une version non classée existe heureusement pour ceux qui veulent voir le film tel qu’il a été pensé.
Un détail relie déjà ce chaos à King Kong
Il y a un petit pont amusant vers la suite de sa carrière. Le singe-rat à l’origine de l’épidémie est présenté comme venant de Skull Island, l’île fictive liée à King Kong dans la plupart des versions du mythe. Des années plus tard, Peter Jackson réalisera justement King Kong en 2005, avec une large place accordée à cette île.
Bref, le détail n’est pas anodin. Il montre que son imaginaire était déjà là.
Et depuis, Jackson a laissé l’horreur derrière lui
Avant son virage prestige, Peter Jackson venait pourtant d’un terrain beaucoup plus bis, avec Bad Taste, Meet the Feebles puis The Frighteners. Après Le Seigneur des anneaux, il enchaîne plutôt King Kong, The Lovely Bones, la trilogie Le Hobbit et Mortal Engines. On comprend la logique industrielle. Mais on perd au passage un cinéaste de l’horreur comique très singulier.
Ce manque se voit d’autant plus aujourd’hui que le public répond encore à ce registre. Malignant, puis les films de Zach Cregger, Barbarian et Weapons, rappellent qu’un cinéma gore, drôle et généreux a toujours sa place. Et c’est peut-être ça, le vrai intérêt de revoir Braindead maintenant, mesurer ce que Peter Jackson a gagné en ampleur, mais aussi ce qu’il a laissé derrière lui.