La Silicon Valley se mobilise pour Anthropic

Des salariés de Google et d’OpenAI s’unissent pour soutenir leurs homologues d’Anthropic. Par une lettre ouverte, ils expriment publiquement leur solidarité avec cette entreprise spécialisée dans l’intelligence artificielle, marquant un rapprochement notable entre acteurs du secteur.

Anthropic
Image d'illustration. Anthropic — Anthropic / PR-ADN
  • Près de 450 employés de Google et d’OpenAI appellent leurs dirigeants à soutenir Anthropic face aux pressions du Pentagone sur l’usage militaire de l’IA.
  • La lettre ouverte exhorte à ne pas franchir les lignes rouges concernant la surveillance massive ou l’exécution autonome sans supervision humaine.
  • Malgré des craintes internes, le mouvement témoigne d’une mobilisation inédite pour défendre l’éthique et l’indépendance dans le développement de l’IA.

Une mobilisation inédite chez les géants de l’IA

Un vent de fronde souffle sur la Silicon Valley. Près de 450 salariés issus principalement de Google et d’OpenAI ont signé une lettre ouverte appelant leurs directions à afficher leur solidarité avec Anthropic. La raison ? Les pressions exercées par le Pentagone, qui cherche à obtenir un accès étendu aux modèles d’intelligence artificielle, notamment à des fins de surveillance intérieure et d’utilisation létale autonome, sans contrôle humain direct.

Lignes rouges et désaccords assumés

Ce document, intitulé « Nous ne serons pas divisés », exhorte les dirigeants des principaux acteurs du secteur à « mettre de côté leurs différends pour s’opposer fermement aux exigences actuelles du Département de la Défense visant à lever les garde-fous sur l’usage des modèles IA pour la surveillance massive ou l’exécution autonome sans supervision humaine ». C’est précisément ce que défend depuis plusieurs semaines le PDG d’Anthropic, Dario Amodei, en affirmant que ces deux lignes ne sauraient être franchies, ni par son entreprise ni par aucune autre impliquée dans le développement de l’IA.

Soutiens croissants malgré la crainte

En y regardant de plus près, près de 400 signataires proviennent des rangs de Google, tandis qu’une cinquantaine sont employés par OpenAI. Parmi eux, certains ont choisi d’apparaître sous leur nom réel, tandis que d’autres préfèrent préserver leur anonymat, preuve que la crainte demeure tangible au sein des effectifs. Cependant, tous sont vérifiés comme collaborateurs actuels. Fait notable : les initiateurs du texte affirment n’être affiliés ni à une entreprise d’IA, ni à un parti politique, ni même à un quelconque groupe militant.

Tensions persistantes avec le Pentagone

La prise de position publique s’inscrit dans un contexte tendu : récemment, le secrétaire à la Défense américain, Pete Hegseth, a menacé d’étiqueter Anthropic comme « risque pour la chaîne d’approvisionnement » si celle-ci refusait d’assouplir ses garde-fous concernant certains projets classifiés. De son côté, le gouvernement américain multiplie les échanges avec les leaders du secteur – y compris xAI depuis peu – afin d’obtenir leur collaboration. Un climat jugé délétère par plusieurs observateurs : selon la lettre, « le gouvernement tente clairement de semer la division entre les entreprises en alimentant la peur qu’une rivale ne cède sous pression ». À ce stade, même le patron d’OpenAI, Sam Altman, a fait savoir en interne qu’il ne transigerait pas sur ces principes fondamentaux.

En somme, face aux velléités du pouvoir militaire américain et malgré quelques incertitudes en interne, une partie significative des talents du secteur entend réaffirmer ses lignes rouges éthiques sur l’usage de l’IA.