La responsable antitrust chargée du dossier Netflix-Warner démissionne

Image d'illustration. Warner Bros. DiscoveryWarner Bros. Discovery / PR-ADN
Gail Slater quitte le DOJ après des désaccords sur les grandes fusions tech.
Tl;dr
- Gail Slater, à la tête de la division antitrust du United States Department of Justice, démissionne officiellement mais aurait été poussée vers la sortie à cause de désaccords avec la procureure générale Pam Bondi.
- Les tensions sont nées notamment autour de grandes fusions technologiques, comme Hewlett-Packard Enterprise/Juniper Networks, où Slater s’opposait à des rapprochements jugés anticoncurrentiels.
- Son départ survient alors que le DOJ antitrust fait face à plusieurs dossiers sensibles, dont le rachat de Warner Bros. Discovery par Netflix et le procès contre Live Nation-Ticketmaster, laissant l’avenir du département incertain.
Une figure du droit de la concurrence poussée vers la sortie
Au sein du département de la Justice des États-Unis (United States Department of Justice ou DOJ), le climat s’est brusquement tendu ces derniers mois. La démission de Gail Slater, à la tête de la division antitrust, officialisée sur le réseau social X par un message empreint d’émotion, cache en réalité une éviction forcée selon plusieurs sources proches du dossier. En coulisses, l’intransigeance de l’ancienne conseillère de JD Vance et ex-vice-présidente chez Fox Corp, opposée à certaines fusions d’envergure dans la tech, aurait creusé un fossé avec la procureure générale Pam Bondi.
Mésentente autour des grandes manœuvres technologiques
Le différend entre les deux responsables aurait pris racine l’été dernier, lors de l’examen de la fusion entre Hewlett-Packard Enterprise et Juniper Networks. Soucieuse d’éviter la formation d’un duopole dans le cloud computing et les réseaux sans fil, Slater avait tenté de bloquer cette opération, estimant que même les services de renseignement n’y voyaient aucun obstacle. Mais voilà, un retournement inattendu : le directeur de la CIA, John Ratcliffe, a finalement jugé qu’empêcher ce rapprochement créerait un risque pour la sécurité nationale américaine face à la Chine. Difficile, dès lors, pour Slater d’imposer sa ligne ; le DOJ pro-fusions sous l’ère Trump valida l’accord.
Conflits internes et pressions politiques croissantes
Les tensions ne se sont pas apaisées. Bien au contraire : récemment encore, selon le Guardian, Pam Bondi aurait renouvelé auprès de la Maison Blanche son refus catégorique des positions jugées trop restrictives de Slater quant à l’orientation future du pôle antitrust. Il faut dire que les épisodes orageux s’accumulaient – y compris lors d’une audition houleuse autour des dossiers Epstein –, rendant toute cohabitation impossible.
Dossiers explosifs et avenir incertain pour le DOJ antitrust
Dans ce contexte explosif, Slater supervisait également l’analyse du projet de rachat de Warner Bros. Discovery par Netflix. L’affaire a pris une tournure politique : intervention annoncée de Donald Trump en décembre, lobbying intense mené tant par Netflix que par Paramount (qui tentait une OPA hostile). De plus, le département enquête désormais sur d’éventuelles pratiques anticoncurrentielles liées à ce processus.
Enfin, ce départ intervient à quelques semaines seulement d’un procès très attendu contre Live Nation-Ticketmaster, accusé par le DOJ – sous l’administration Biden cette fois – d’abus de position dominante au détriment des promoteurs, artistes et spectateurs américains. À l’heure où Washington se penche à nouveau sur ses outils anti-monopoles, il plane désormais une incertitude sur la direction à venir du service antitrust fédéral.