En bref
- La fin parle d’identité, pas seulement de magie
- Le train marque l’autonomie de Chihiro
- Le film critique l’excès et la cupidité
On retient souvent les créatures, la maison de bains, le vertige visuel. Pourtant, la fin du Voyage de Chihiro ramène tout à quelque chose de beaucoup plus concret: grandir sans se perdre.
Le monde des esprits ressemble surtout au nôtre
Chez Hayao Miyazaki, le royaume des kami n’est pas juste un décor. Une fois retirés les monstres, les bains et les métamorphoses, on voit une petite machine sociale très familière, avec ses règles, sa hiérarchie, ses corvées et ses pièges. Chihiro y apprend la valeur du travail, mais aussi son revers, la cupidité, l’obsession de l’argent, l’oubli de soi.
Ce n’est pas un hasard si son autre nom, Sen, renvoie à mille, comme le billet de 1 000 yens. Même le titre japonais, Sen to Chihiro no Kamikakushi, dit déjà l’enjeu. Il ne parle pas seulement d’une disparition surnaturelle, il raconte aussi une enfant gâtée que le monde oblige à se construire.
Le train, vrai point de bascule du film
Pour Miyazaki, la vraie fin se joue dans le train. C’est assez juste. Chihiro s’y retrouve presque seule, avec Sans-Visage assis à côté d’elle, et ce simple trajet pèse plus lourd que beaucoup de grands climax plus démonstratifs.
Elle n’est plus la petite fille agrippée à ses parents au début. Cette fois, c’est elle qui mène la mission vers Zeniba, pendant que Bo, transformé en souris, s’accroche à elle comme un reflet inversé de son ancienne immaturité. Le contraste est net, et plutôt beau.
Sans-Visage, les parents, les porcs: la critique de l’excès
Sans-Visage n’est pas juste une créature étrange. Il incarne une faim sans limite. Il accumule les jetons, distribue de l’or, dévore tout, pendant que le personnel du bain se précipite vers lui. Yubaba le comprend d’ailleurs très bien: c’est leur avidité qui l’a attiré.
Le film relie ça à l’excès de consommation. Le père de Chihiro traverse une sorte de parc abandonné, évoque ces projets nés dans les années 1990 puis emportés par la crise, avant de se jeter sur la nourriture avec l’assurance absurde que cartes et liquide régleront tout. Résultat? Les parents deviennent des porcs. Le symbole n’a rien de subtil, mais il reste redoutablement efficace.
Retrouver son nom pour grandir enfin
La clé de la fin, c’est aussi la mémoire. Quand Chihiro se souvient qu’elle est tombée enfant dans une rivière aujourd’hui recouverte, elle retrouve le vrai nom de Haku, Kohaku. Et en retrouvant ce nom, elle le libère de l’emprise de Yubaba.
L’idée est simple et forte: tout ce qui nous arrive reste en nous, même quand on ne s’en souvient plus clairement. Le test final des cochons va dans le même sens. Chihiro gagne parce qu’elle a appris à voir juste, sans dépendre des autres. Travail, identité, intuition: la fin du film assemble tout ça. Et c’est là que Miyazaki touche quelque chose de plus large que la fantasy, notre façon d’entrer dans le monde adulte sans abandonner notre nom en route.