En bref
- District 9 attend toujours sa suite.
- Neill Blomkamp a hésité, puis ralenti.
- La fin ouverte continue d’alimenter l’attente.
Près de 17 ans plus tard, District 10 n’existe toujours pas. Et c’est presque devenu une extension de District 9 lui-même, un film construit sur une promesse de retour que le public n’a jamais vraiment cessé de prendre au sérieux.
Une fin pensée comme une promesse
À la fin de District 9, Christopher Johnson, joué par Jason Cope, quitte la Terre en expliquant à Wikus, incarné par Sharlto Copley, qu’il reviendra dans trois ans avec un remède au virus qui le transforme en alien. Sur le papier, c’est une ouverture. Dans les faits, beaucoup y ont vu un rendez-vous fixé avec le public.
Ce sentiment n’est pas sorti de nulle part. Avant même la sortie du film, Neill Blomkamp laissait entendre qu’une suite restait possible si le long-métrage trouvait son public. Il l’a trouvé, largement. Mais entre-temps, le réalisateur est parti ailleurs, vers Elysium, puis Chappie et Demonic. Résultat, l’univers de Johannesburg est resté en suspens.
Pourquoi District 9 a marqué bien au-delà de la SF
Ce n’est pas très compliqué à comprendre. Sorti d’abord en Nouvelle-Zélande le 13 août 2009, puis largement aux États-Unis dès le lendemain, District 9 débarquait avec une identité rare, un thriller de science-fiction en faux documentaire, sec, nerveux, et plus politique qu’il n’en avait l’air.
Avec un budget d’environ 26 millions d’euros (30 millions de dollars), le premier long-métrage de Neill Blomkamp, développé à partir de son court Alive in Joburg et produit par Peter Jackson, a rapporté environ 183 millions d’euros (210,8 millions de dollars) dans le monde. Son lancement américain à environ 32 millions d’euros (37,3 millions de dollars) a même suffi pour prendre la tête du box-office. Côté critique, même dynamique, avec 90 % sur Rotten Tomatoes et 81 sur Metacritic.
Mais le vrai sujet est ailleurs. Le camp alien renvoie directement à District Six, quartier du Cap dont 60 000 habitants avaient été expulsés sous l’apartheid. Et l’intrigue puise aussi dans la xénophobie envers les immigrés zimbabwéens que Blomkamp a observée en grandissant en Afrique du Sud. Bon, c’est précisément ce mélange entre spectacle et lecture du réel qui fait tenir le film aujourd’hui encore.
Le projet District 10 a avancé, puis s’est figé
En février 2021, Neill Blomkamp confirmait qu’un script de District 10 était en cours avec Sharlto Copley et la co-scénariste Terri Tatchell. Au milieu de la même année, il expliquait que l’écriture avançait bien.
L’année suivante, il était question d’un traitement de 18 pages déjà terminé, avec une histoire située dans un futur proche, pas lointain. Puis l’élan s’est cassé. En août 2023, pendant la promo de Gran Turismo, Blomkamp reconnaissait qu’il ne savait pas vraiment si le film se ferait, ni même s’il avait envie de le faire.
C’est là que le dossier devient intéressant, quand même. Personne n’a envie d’une suite fabriquée juste pour cocher une case. Mais laisser une fin ouverte pendant autant d’années, après avoir nourri l’idée d’un prolongement, crée forcément une attente. Et cette attente raconte quelque chose de très actuel, la difficulté, pour une franchise culte, d’exister sans désir réel de son auteur.