En bref
- Une seule saison sur AMC+
- Un western très violent, teinté d’humour noir
- La critique a suivi, pas assez le public
Même en 2022, un western bien reçu peut encore passer entre les mailles du filet. That Dirty Black Bag, lancée sur AMC+ en mars 2022, n’a eu droit qu’à une seule saison, alors que la série avait des arguments assez nets pour durer davantage.
Un western qui n’a pas trouvé son public
Le plus frappant, c’est le décalage entre son accueil et son destin. La série a récolté 80% sur Rotten Tomatoes, un score fondé sur seulement cinq critiques, certes, mais quatre venaient de critiques classés parmi les principaux du site, et toutes sauf une étaient positives. Ça ne garantit pas un phénomène culturel, mais pour une production aussi peu visible, ce n’est pas rien.
Et pourtant, pas de saison 2. Pas parce que la série manquait d’identité, plutôt parce qu’elle n’a visiblement pas attiré assez de monde. C’est un cas assez classique du streaming actuel, où la singularité ne suffit plus si elle ne se traduit pas vite en audience.
Le spaghetti western, version plus brutale
L’idée de départ était claire, et franchement bien trouvée. That Dirty Black Bag reprend l’ADN du spaghetti western, le vrai, celui de Sergio Leone, avec des décors tournés entre l’Italie, l’Espagne et le Maroc. Mais la série ne se contente pas de recycler des codes connus.
Elle les pousse plus loin. Son chasseur de primes, Red Bill, coupe littéralement la tête de ses cibles et les transporte dans le sac du titre, au motif qu’une tête pèse moins lourd qu’un corps. Résultat, une violence très assumée, parfois même excessivement graphique, avec dès le premier épisode une scène de torture où un homme est forcé de manger son propre cheval. Oui, on est là-dessus.
Mais la série ne se réduit pas à son goût du gore. Elle garde aussi ce ton presque carnavalesque, ce mélange de noirceur et d’ironie qui faisait le sel des classiques italiens. C’est là que la mise à jour fonctionne.
Le duel central donne son rythme aux huit épisodes
Au centre, il y a l’affrontement entre Red Bill, joué par Douglas Booth, et Arthur McCoy, interprété par Dominic Cooper. McCoy est le shérif de Greenville, ancien fugitif devenu homme de loi sans avoir totalement enterré ses vieux réflexes.
Quand Red Bill débarque en ville pour réclamer une prime liée à un meurtre récent et que McCoy refuse de payer, la guerre démarre. Elle s’étire sur huit jours, ce qui donne sa structure aux huit épisodes de la saison. En parallèle, la série prend le temps de faire exister les habitants de la ville, avec un second plan décrit comme particulièrement solide.
Une équipe neuve, mais une exécution solide
Ce qui rend l’échec plus frustrant, c’est que le projet n’était pas porté par des vétérans installés. Mauro Aragoni, Silvia Ebreul et Marcello Izzo arrivaient avec une expérience encore limitée, et cette série marquait leur première collaboration majeure pour un streamer américain.
Ils n’ont pas réinventé le cinéma comme Leone en son temps. Mais plusieurs critiques ont salué une série à la fois divertissante et intrigante, capable de rendre hommage au genre tout en lui ajoutant ses propres torsions. Avec ses performances, sa photo et ce ton très particulier, That Dirty Black Bag ressemble à ces séries qu’on redécouvre plus tard en se demandant comment elles ont pu disparaître aussi vite. Et ça dit aussi quelque chose du moment : aujourd’hui, même une bonne idée très bien exécutée peut finir noyée dans le flux.