En bref
- Rami Malek ne chante pas dans le film
- Marc Martel prête l’essentiel de la voix
- La bande originale exclut aussi Malek
Le paradoxe de Bohemian Rhapsody tient en une ligne. Rami Malek a décroché l’Oscar du meilleur acteur pour avoir incarné Freddie Mercury, mais ce que vous entendez dans les chansons n’est pas sa voix.
Le film, crédité à Bryan Singer alors qu’il a été écarté en fin de production et terminé par Dexter Fletcher, a quand même tout emporté sur son passage. Avec 910 millions de dollars au box-office mondial, soit environ 837 euros millions (910 millions de dollars), il s’est imposé comme l’un des plus gros biopics musicaux jamais vus. Et même si le long-métrage divise encore, la performance de Malek, elle, a largement fait consensus.
Un Oscar pour l’incarnation, pas pour le chant
Malek l’avait expliqué en 2018, la bande-son reposait sur un assemblage de plusieurs voix, avec l’idée d’entendre le plus possible Freddie Mercury. Il travaillait bien sa voix pendant la préparation, au point de passer par Abbey Road Studios. Mais non, il ne chante pas réellement les morceaux de Queen dans le film.
C’est un point important, parce que le projet vendait une transformation totale. En réalité, le travail de l’acteur relevait d’abord du corps, du regard, du phrasé scénique. Pas de quoi minimiser la performance, quand même. Simplement, il faut distinguer interprétation et chant.
La vraie voix derrière le film venait d’ailleurs
L’homme-clé s’appelle Marc Martel. Musicien passé par la musique chrétienne, révélé aussi par des vidéos sur YouTube, il s’était fait remarquer dans un groupe hommage à Queen. Des producteurs sont allés le chercher précisément pour ça.
Sa voix a été mixée avec les enregistrements originaux de Queen et de Freddie Mercury. Martel a d’ailleurs reconnu qu’il n’aurait jamais imaginé que cette ressemblance vocale irait plus loin qu’un tour de karaoké. Il notait aussi ses différences avec Mercury, notamment l’accent britannique absent et une articulation moins tranchante sur certains sons. Dans le générique final, il n’obtient qu’un crédit d’additional vocals. Clairement, le studio Fox et les producteurs n’avaient aucun intérêt à détourner l’attention de Malek au moment où la campagne des Oscars montait.
Même la bande originale laisse Malek hors micro
Et ce choix se prolonge sur l’album. La bande originale de Bohemian Rhapsody ne contient pas davantage de chant signé Malek. Rolling Stone l’avait d’ailleurs relevé d’entrée.
Le disque a pourtant très bien marché, avec plus de 2,7 millions d’exemplaires vendus. On y trouve des classiques de Queen, quelques nouveaux mixes, la version du jingle 20th Century Fox par le groupe, et surtout des versions inédites du concert Live Aid de 1985 à Wembley Stadium, comme Bohemian Rhapsody, Radio Gaga, Hammer to Fall ou We Are the Champions. Malek, lui, n’apparaît guère que sur la pochette.
Avant et après le rôle qui a tout changé
Le plus drôle, c’est que Malek n’a pas toujours été le choix évident. Ben Whishaw a été lié au rôle avant son départ, tout comme Sacha Baron Cohen, sorti du projet pour désaccords créatifs, et Oscar Isaac, qui a plus tard admis s’être trompé en pensant que personne ne voudrait voir quelqu’un jouer Freddie Mercury. Roger Taylor, lui, jugeait que Cohen n’aurait pas convenu.
Après le film, Malek a terminé Mr. Robot, puis rejoint James Bond dans No Time to Die en méchant face à Daniel Craig. Il a aussi traversé des films moins heureux, comme Dolittle et Amsterdam, mené le podcast de fiction Blackout, et joué un petit rôle décisif dans Oppenheimer de Christopher Nolan. Un détail qui dit pas mal de choses, en gros. Le biopic qui l’a sacré a ensuite été dépassé au box-office par un autre biopic, celui-là même où il n’était plus au centre.