Aux États-Unis, le vocabulaire de l’IA devient une affaire politique

Le ministère de la Justice américain lance une cellule dédiée à la « super intelligence ». Derrière le nom, il y a surtout un signal politique très clair.

Le département de la Justice des États-Unis
Image d'illustration. Le département de la Justice des États-Unis — ADN

En bref

  • Le département de la Justice américain crée une « Super Intelligence Task Force », reprenant le terme privilégié par Donald Trump pour désigner l’intelligence artificielle.
  • Cette cellule doit protéger les technologies américaines contre les acteurs étrangers, les organisations criminelles et les tentatives de fraude.
  • Cette initiative soulève des questions politiques et de crédibilité, notamment en raison des accusations visant Todd Blanche et des pressions exercées sur les géants de la tech.

Le plus frappant, ici, ce n’est même pas la création d’une nouvelle cellule. C’est son nom. Le département de la Justice des États-Unis ne parle plus d’intelligence artificielle, mais de Super Intelligence, reprenant la terminologie poussée par Donald Trump. Et ça, pour tout le secteur, c’est loin d’être anodin.

Un nom très politique avant même la mission

L’unité s’appelle officiellement Super Intelligence Task Force ou DOJ-SITF. Sur le papier, c’est un simple changement d’étiquette. En vrai, ça confirme que l’administration Trump continue d’imposer son propre vocabulaire à toute vitesse.

Il y a encore quelques semaines, l’expression faisait lever pas mal de sourcils, puisque tout le monde parlait simplement d’IA depuis des années. Depuis, Donald Trump a carrément dit vouloir bannir le terme « artificial intelligence », après s’être agacé que The Wall Street Journal n’adopte pas immédiatement sa préférence. Pas mal de médias ont refusé de suivre, jugeant ce changement inutile et franchement confus. On les comprend.

Ce que la cellule doit surveiller

Dans le détail, cette task force a pour mission d’éviter que les technologies d’IA développées aux États-Unis soient compromises. Le département de la Justice des États-Unis vise plusieurs profils, dans un ordre qui dit pas mal de choses, des acteurs étatiques étrangers et soutenus par des États jusqu’aux organisations criminelles transnationales, sans oublier des individus ou entreprises impliqués dans la fraude.

La cellule sera dirigée par Stanley Woodward et Stephen Weiss, tous deux rattachés au procureur général Todd Blanche. Dans sa communication, ce dernier explique que le développement de la SI continuera d’être porté par les innovateurs américains, et que cette task force travaillera avec le président de la SI Force, Jay Clayton, pour que ces technologies servent le public américain sans être manipulées par des acteurs malveillants, aux États-Unis comme à l’étranger.

Pourquoi la crédibilité du message coince ?

Mais il y a un angle mort assez énorme. Todd Blanche, aujourd’hui au cœur du dispositif, a déjà été accusé de fraude à plusieurs reprises, dont une fois dans le cadre d’un montage lié aux cryptos.

Résultat, voir son nom associé à une structure censée enquêter sur la fraude dans l’IA a quelque chose d’assez ironique. Le genre de détail qui colle tout de suite à une annonce officielle.

Les géants de la tech sont coincés au milieu

Au fond, cette histoire dépasse largement le DOJ. Elle pose une question très simple aux patrons de la tech, ceux qui ont déjà montré qu’ils savaient plier pour protéger leurs intérêts. Google a suivi Trump sur certains renommages symboliques. L’ex-patron d’Apple, Tim Cook, lui a offert une statue en or. Meta a mis fin à ses initiatives DEI après son élection et abandonné le fact-checking par des tiers.

Et maintenant ? Est-ce que ces groupes vont aussi reprendre le terme SI, même s’il brouille tout ? Rien n’est encore tranché. Ils ont toujours besoin de l’administration pour sécuriser de gros contrats publics, mais de nouvelles majorités démocrates fraîchement élues pourraient lancer des enquêtes sur leurs liens et leurs choix de ces deux dernières années. Bref, le mot change, mais la partie de poker reste la même.

Jordan Servan

Spécialiste Tech

Rédacteur sur Begeek.fr depuis 2014, passionné par les jeux vidéo, les séries TV et le cinéma.

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