L’épisode final de Spider-Noir rend hommage à un film culte d’Orson Welles

Image d'illustration. Spider-NoirAmazon / PR-ADN
Le final de la première saison de Spider-Noir rend hommage à un grand classique du cinéma réalisé par Orson Welles. Cette référence cinématographique souligne l’influence durable du réalisateur sur l’esthétique et la narration de la série.
Tl;dr
- Le final de « Spider-Noir » reprend un célèbre climax miroir.
- Clin d’œil appuyé au film culte d’Orson Welles.
- L’hommage divise, jusque dans les propos d’Orson Welles.
Un hommage cinéphile dans « Spider-Noir »
Difficile de regarder la série « Spider-Noir » sans remarquer l’empreinte marquée des films en noir et blanc hollywoodiens des années 1940. Dès la distribution, le clin d’œil est assumé : la présence de Jack Huston, petit-fils du légendaire réalisateur John Huston, renforce ce lien direct avec l’âge d’or du film noir, notamment à travers des œuvres iconiques comme « Le Faucon maltais ». Mais c’est surtout lors du dernier épisode de cette première saison que la série franchit un cap en matière de référence.
Le jeu des miroirs : quand le passé éclaire le présent
Dans « The Man in the Mask », final de la saison 1, la tension culmine lors d’un face-à-face entre la chanteuse Felicia « Cat » Hardy (Li Jun Li) et le mafieux Silvermane (Brendan Gleeson). Ce duel s’installe dans une salle tapissée de miroirs, où les reflets se multiplient jusqu’à brouiller la perception du spectateur. Impossible alors de distinguer l’original des doubles ; la fusillade qui s’ensuit brise les glaces une à une, laissant Cat finalement triomphante. Les amateurs auront reconnu dans cette scène une réplique presque littérale du final de « The Lady from Shanghai », chef-d’œuvre réalisé par Orson Welles en 1947.
L’art du reflet : technique et héritage visuel
Le film originel exploitait à fond la technique dite de la double exposition, superposant deux images sur une même pellicule afin de multiplier les visages et créer l’illusion vertigineuse d’une confrontation psychologique. Cette séquence n’était pas isolée dans l’œuvre de Welles, qui avait déjà expérimenté ce motif des miroirs dans « Citizen Kane » — Kane marchant devant une série infinie de reflets pour illustrer la complexité du personnage et sa perception morcelée par autrui.
À ce titre, difficile d’accuser « Spider-Noir » d’un simple plagiat paresseux ; il s’agit plutôt ici d’un hommage formel à un pan essentiel du patrimoine cinématographique américain :
- Duel stylisé inspiré directement du cinéma classique.
- Mises en scène spectaculaires à base de jeux de reflets.
- Rappel constant au langage visuel inventif des années 1940.
L’ambiguïté du clin d’œil selon Orson Welles
Pourtant, cette démarche ne fait pas l’unanimité. Lors d’une intervention publique en France en 1982, Orson Welles lui-même confiait son agacement face aux hommages cinématographiques qu’il jugeait souvent stériles : « L’habitude la plus détestable du cinéma moderne est l’hommage. Je ne veux plus voir un foutu hommage dans un film ! ». Cependant, il nuançait aussitôt en insistant sur l’importance d’étudier les grands films pour progresser soi-même. Ironie ou lucidité ? Toujours est-il que voir aujourd’hui ses propres œuvres érigées en références incontournables n’aurait sans doute pas surpris celui qui révolutionna l’image.
La saison 1 de « Spider-Noir » est disponible sur Prime Video.