En bref
- Les world models attirent déjà beaucoup d’argent et d’attention, mais leurs débouchés commerciaux restent flous.
- Même les partenaires et fournisseurs de ces startups ignorent parfois précisément leurs projets.
- Ce silence semble stratégique : révéler trop tôt leurs marchés permettrait aux concurrents de les copier ou de les devancer.
Le plus frappant avec les world models, ce n’est pas leur ambition. C’est le silence autour de leur vrai business. Le secteur vend une idée immense, automatiser l’intelligence spatiale, mais quand il faut dire où cette techno sortira vraiment du labo, tout devient flou.
Un secteur déjà très chaud, mais encore sans vitrine claire
Sur le papier, le potentiel est costaud. Les noms qui reviennent le plus sont AMI Labs, porté par Yann LeCun, et World Labs, lancé par Fei-Fei Li. Les deux attirent du buzz et des financements, alors qu’ils restent encore très bas sur l’échelle du produit monétisé.
Depuis la conférence All In, un constat ressort quand même. Chez AMI Labs, Michael Rabbatt, cofondateur et vice-président world models, n’a pas voulu détailler ce que la société prépare. Sa réponse tient en une ligne : « Nous en parlerons quand nous serons prêts à en parler ». Puis, par mail, il a expliqué que l’entreprise restait dans une phase de recherche et de construction, sans communiquer publiquement sur un produit ni sur un calendrier. Difficile d’être plus prudent.
Même les partenaires avancent dans le brouillard
Le plus intéressant, c’est que cette opacité déborde largement la communication officielle. Alex de Vigan, patron de Physicl, un fournisseur de données pour ce marché naissant, sait que ses données sont utiles à ces acteurs. En revanche, il ne sait pas exactement pour quoi.
Et ça, c’est presque le meilleur signal du moment. Alex de Vigan résume le problème ainsi : « J’aimerais qu’ils nous en disent plus. Nous pourrions construire des données plus utiles si nous savions sur quoi ils travaillaient ». Quand même les fournisseurs bossent à l’aveugle, on comprend à quel point le secteur verrouille ses cartes.
Le vrai problème, c’est que la techno peut aller partout
Un world model, dans sa version la plus simple, c’est une carte navigable du monde. Le genre d’approche qui aide déjà une voiture autonome comme celles de Waymo à circuler dans le trafic. Mais la même base peut aussi servir à un robot humanoïde qui transporte des cartons, ou à transformer quelques minutes de vidéo en environnement explorable pour un jeu, des effets CGI ou d’autres usages média.
Chez World Labs, Marble paraît aujourd’hui comme la démo la plus avancée du segment. On y voit de la création média, du décor explorable pour le jeu vidéo, des effets visuels, un peu de robotique aussi. Sauf que l’ensemble ressemble encore davantage à une démonstration de capacités qu’à un produit prêt à attaquer un marché.
Le silence comme stratégie défensive
De son côté, AMI Labs a déjà mis un pied dans la robotique, la biomédecine, l’industrie manufacturière, et même l’IA pour les médecins via Nabia. Clairement, tout ne sera pas poursuivi. Mais tant que les levées de fonds restent faciles, il n’y a pas une pression folle pour choisir publiquement une seule direction.
Surtout, annoncer trop tôt son angle reviendrait à allumer un néon au milieu de la forêt. D’autres labos world models, les neolabs, mais aussi OpenAI ou Anthropic, pourraient foncer sur le même créneau dès que la route vers le marché devient lisible. L’image empruntée à Cixin Liu colle très bien : un scénario de forêt sombre. Dans ce coin de l’IA, se faire discret n’est pas un bug. C’est déjà la stratégie.