En bref
- La Telecom Regulatory Authority of India (TRAI) durcit sa lutte contre le spam.
- Truecaller dénonce une règle anti-concurrentielle.
- Les appels IA tombent aussi sous surveillance.
Le plus piquant, ici, c’est que Truecaller se retrouve visé en plein dans son plus gros marché. En Inde, le régulateur TRAI oblige désormais les apps d’identification et de gestion d’appels à transmettre les signalements de spam de leurs utilisateurs aux opérateurs télécoms. Et pour Truecaller, ça sent clairement la partie déséquilibrée.
Le régulateur veut brancher tout le monde sur le même tuyau
TRAI a récemment modifié ses règles sur les communications commerciales. Concrètement, toute app qui permet de marquer un appel comme indésirable devra envoyer ces remontées vers une plateforme fondée sur la blockchain, gérée par les opérateurs. C’est cette infrastructure qui sert déjà à suivre les communications commerciales et à appliquer les règles anti-spam.
L’idée du régulateur est simple, et sur le papier elle se défend: récupérer plus de signalements pour agir plus vite contre les spammeurs. Dit autrement, les données collectées au niveau des apps doivent maintenant nourrir directement la machine de contrôle du secteur télécom. Vu la taille du problème en Inde, on comprend la logique.
Pourquoi Truecaller voit rouge ?
Là où ça coince, c’est sur la valeur de cette donnée. Truecaller, société basée à Stockholm, estime qu’on lui impose un échange à sens unique avec les opérateurs, en transférant des informations commerciales utiles sans contrepartie. Son argument n’est pas anodin quand on sait que l’Inde représente plus de 350 millions de ses plus de 500 millions d’utilisateurs actifs mensuels.
Et les chiffres du spam donnent le tournis. Selon l’entreprise, ses utilisateurs indiens ont été confrontés à environ 42 milliards d’appels spam en 2025, qu’ils aient été bloqués, étiquetés ou ignorés. Presque 12 milliards auraient même été bloqués par le service. Bref, on n’est pas sur un petit réglage de confort.
Le clash n’est pas nouveau. Truecaller contestait déjà l’interdiction d’étiqueter automatiquement comme spam certains numéros issus de plages réservées par l’État à des appels promotionnels, de service ou transactionnels. La nouvelle version des règles conserve cette protection. Les apps ne peuvent donc pas bloquer, filtrer ou taguer en masse ces séries, même si chaque utilisateur garde la main sur son propre appareil.
Des flous techniques, juridiques et de consentement
Des spécialistes de la régulation comme Sumeysh Srivastava, chez The Quantum Hub, notent que la réforme relie deux couches qui ne jouaient pas exactement le même rôle: le réseau télécom d’un côté, les apps d’identification de l’autre. Résultat, pas mal de questions restent ouvertes sur les standards de remontée, l’application de la règle à des sociétés qui ne sont pas opérateurs, et même sur la base juridique retenue au final.
Même flou sur ce qui devra vraiment être partagé. Kazim Rizvi, de The Dialogue, rappelle qu’envoyer le signalement précis d’un utilisateur n’a rien à voir avec transmettre des jeux de données plus larges, des signaux de réputation ou des systèmes d’analyse. Et il manque encore des réponses sur le consentement, la notification des utilisateurs, ou la conservation de ces données. Même l’application aux fonctions natives d’Android et d’iOS n’est pas clarifiée. C’est un sacré angle mort.
Les appels dopés à l’IA entrent aussi dans le viseur
Autre morceau du texte, les appels lancés par logiciel, y compris avec voix artificielle ou préenregistrée, basculent dans le cadre A2P. Les entreprises devront déclarer à l’avance aux opérateurs qu’elles utilisent ce type de système, ainsi que les numéros concernés. Sinon, ces appels seront traités comme du spam.
Le critère central, selon Sumeysh Srivastava, n’est pas seulement la voix IA mais la manière dont l’appel est initié. Satya N. Gupta, ancien cadre de TRAI, précise que l’usage de l’IA n’est pas interdit, seulement déclaré. Les opérateurs pourront aussi facturer jusqu’à 5 paise par minute sur ces appels, sauf exceptions liées à certaines plages de numéros. Et si la définition reste trop large, elle pourrait aussi englober des centres de contact ou des services click-to-call. Là, ça devient tout de suite plus sensible.