Vivodyne mise sur des tissus humains pour faire progresser l’IA médicale

La promesse d’une IA qui guérit le cancer patine surtout faute de bonnes données. Vivodyne veut changer ça avec ses labos robotiques et du tissu humain vivant.

IA médicale
Image d'illustration. IA médicale — ADN

En bref

  • L’IA promet de révolutionner les traitements contre le cancer, mais les résultats concrets restent encore limités.
  • Le principal défi vient du manque de données biologiques humaines permettant de comprendre les mécanismes des maladies.
  • Vivodyne développe des laboratoires robotiques utilisant des tissus humains pour accélérer et fiabiliser la recherche de traitements.

L’IA médicale vend beaucoup de futur, mais côté cancer et nouveaux traitements, le présent reste franchement plus timide. Quelques molécules conçues avec de l’IA ont bien atteint des essais humains, dont une jusqu’en phase III, mais on est très loin du remède miracle annoncé à répétition.

Les promesses vont plus vite que les résultats

Chez Anthropic, Dario Amodei l’a lui-même reconnu récemment, les déclarations sur une IA qui va guérir le cancer sont devenues plus cliché que crédibles. Ce qui comptera, disait-il en substance, ce sera de guérir réellement le cancer, pas de le promettre. Le contraste est assez rude quand on se rappelle que Sam Altman ou Demis Hassabis ont, eux aussi, vendu des horizons médicaux très ambitieux.

Même AlphaFold, pourtant immense avancée pour comprendre les protéines, n’a pas encore accouché d’un nouveau médicament. Et Isomorphic Labs, créé pour prolonger cette dynamique, attend désormais ses premiers essais d’ici la fin de l’année, alors qu’ils étaient envisagés pour 2025. Pas de quoi enterrer l’idée, mais clairement de quoi refroidir le storytelling.

Le vrai bug, ce sont les données biologiques

Pour Andrei Georgescu, patron et cofondateur de Vivodyne, le problème est assez simple à dire. Les modèles actuels apprennent surtout sur des données issues de tests animaux, de cellules isolées ou de protéines, pas sur du tissu humain vivant suivi dans le temps.

Résultat ? Les modèles repèrent des états biologiques, mais comprennent mal ce qui provoque quoi. Georgescu insiste sur ce point de causalité, et une étude publiée le mois dernier dans Nature Methods va dans ce sens, sans trouver de loi claire d’échelle des données pour des modèles génératifs entraînés sur les jeux cellulaires existants. En gros, on voit des photos, pas le film.

Des labos robots pour tester du tissu humain vivant

La réponse de Vivodyne s’appelle HIVE. Ce sont des laboratoires robotiques modulaires capables de faire pousser 20 types de tissus humains, puis de les doser et de les surveiller de manière autonome pendant des centaines de milliers d’expériences.

L’entreprise, née en 2021 après les travaux de doctorat en bio-ingénierie d’Andrei Georgescu à l’Université de Pennsylvanie, avance des chiffres costauds. Ses cellules hépatiques afficheraient 94% de précision prédictive face à des essais humains de toxicité, ses tissus des voies respiratoires colleraient à 96% au comportement réel, et sa moelle osseuse aurait atteint 100% de concordance sur 20 chimiothérapies. La semaine dernière, Vivodyne a aussi ouvert près de San Francisco ce qu’elle présente comme le plus grand centre de données humaines au monde.

Pourquoi l’industrie pharma regarde ça de près ?

Le pari n’a rien de gadget. Aujourd’hui, 90% des médicaments efficaces chez l’animal et passés en clinique n’obtiennent jamais d’autorisation pour l’humain. Et un essai clinique coûte souvent des dizaines de millions d’euros. Forcément, mieux savoir ce qui a une chance de marcher avant d’y aller, ça change tout.

Vivodyne, qui a levé 80 millions de dollars auprès notamment de Khosla Ventures, dit déjà travailler avec plusieurs grands groupes pharmaceutiques, même sans donner de noms. Son idée va plus loin que le simple tri de candidats. Andrei Georgescu vise aussi des modèles capables de comprendre une biologie humaine assez fine pour concevoir des thérapies combinées, celles où l’explosion du nombre de possibilités rend l’approche purement expérimentale presque ingérable. Là, on touche peut-être enfin au vrai boss de fin.

Jordan Servan

Spécialiste Tech

Rédacteur sur Begeek.fr depuis 2014, passionné par les jeux vidéo, les séries TV et le cinéma.

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