Une étude pointe les biais électoraux du chatbot d’Elon Musk

Une étude sur près de 500 scrutins montre des penchants opposés entre Grok et GPT. Le vrai sujet, c’est surtout d’où viennent ces recommandations.

Grok
Image d'illustration. Grok — xAI / PR-ADN

En bref

  • Grok recommande un candidat républicain dans 92% des près de 500 scrutins analysés, en s’appuyant notamment sur des sources conservatrices.
  • Ses recommandations semblent fortement influencées par ses recherches et ses sources : sans accès au Web, il a refusé de choisir dans 27 cas sur 30.
  • Les chercheurs ont également relevé des instructions supplémentaires invisibles dans certaines requêtes de Grok, soulevant des questions sur les facteurs qui orientent ses réponses politiques.

On parle souvent de neutralité des chatbots. L’étude pilotée par Convovo avec le professeur Tapan Parikh, de Cornell University, raconte autre chose. Et pas sur un détail.

Des modèles qui tranchent presque toujours du même côté

Sur près de 500 scrutins, les deux modèles testés ne regardent clairement pas la carte électorale avec les mêmes lunettes. Grok 4.7, chez xAI, a recommandé le candidat républicain dans 92% des réponses. En face, GPT-6.1 Sol, d’OpenAI, a choisi le démocrate dans 97% des cas.

Les deux n’étaient d’accord dans même pas 10% des courses. C’est énorme. Surtout quand Pew dit que 8% des Américains utilisent déjà des chatbots pour s’informer sur les élections.

Applis grand public contre API, la nuance qui change tout

Le test était simple, presque brutal. Les chercheurs ont demandé via les API quel candidat il fallait choisir dans chaque course, en exigeant un seul nom, sans hésitation ni renvoi dos à dos.

Les apps grand public, elles, ont refusé de répondre. OpenAI insiste d’ailleurs sur ce point et affirme que ChatGPT est conçu pour rester objectif par défaut dans les conversations politiques, et que ce test ne reflète pas l’expérience habituelle des utilisateurs. Pas faux, mais incomplet.

Car Parikh dit avoir aussi réussi à faire sauter les garde-fous des apps avec de simples prompts. Résultat, des recommandations assez proches de ce qu’il observait déjà.

Les sources et les thèmes révèlent les penchants

Là, ça devient intéressant. Grok s’appuie souvent sur des sources conservatrices, tout en citant aussi Ballotpedia, OpenSecrets ou VoteSmart. Le modèle a renvoyé vers un guide électoral chrétien conservateur dans 39% des réponses, vers le site de Turning Point Action dans 23%, et vers X dans 41%.

GPT, lui, s’est surtout reposé sur Wikipedia, Associated Press, Axios et Reddit. Côté thèmes, même fracture. GPT cherchait plus souvent les positions sur la santé ou l’avortement. Grok allait plutôt vers l’immigration, les impôts, l’énergie et la criminalité.

Parfois, ChatGPT cherchait davantage d’infos sur le démocrate, en oubliant carrément l’adversaire républicain. Grok comparait plus souvent les deux, sauf quand le candidat républicain traînait une grosse controverse. Là, il basculait plus volontiers vers le démocrate.

Le biais n’apparaît pas au même endroit chez Grok et GPT

Dans un test de 30 courses sans recherche web, le contraste change. GPT a quand même choisi le démocrate 24 fois, un républicain une fois, et a refusé cinq fois. Le biais reste donc présent sans appui extérieur.

Chez Grok, c’est l’inverse. Sans recherche, le modèle a refusé de choisir dans 27 cas sur 30. Les trois fois où il a tranché, il a choisi le démocrate. Parikh résume ça ainsi, « Pour GPT, la décision est déjà largement prise, elle est dans les poids. Pour Grok, ce sont surtout le schéma de recherche, les termes et les sources qui déterminent le résultat ».

L’étude note aussi qu’une requête vers l’API de Grok embarquait environ 1240 tokens supplémentaires, invisibles et impossibles à retirer. De possibles instructions cachées. Là, on n’est plus dans le simple bug de réglage.

Pourquoi ça compte à quelques jours du vote ?

À moins de deux semaines des élections de mi-mandat du 3 novembre 2026, ce genre de résultat va relancer le procès en biais politique de l’IA. D’autant que le Center for AI Safety avait déjà alerté sur la capacité des grands modèles à orienter discrètement les utilisateurs, par le choix des mots, du cadrage ou des sources.

Le contexte n’aide pas. Donald Trump attaque régulièrement la « woke AI ». De son côté, Elon Musk a soutenu massivement les candidats républicains, avec plus de 445 millions de dollars. Sam Altman, lui, a longtemps donné aux démocrates avant de soutenir davantage de républicains ces dernières années, tout en disant ne pas financer l’élection de 2026.

Si vous voulez comparer les candidats sans passer par un LLM, il reste les bases solides, Vote.gov, vote411.org, Ballotpedia, VoteSmart, FEC.gov, OpenSecrets, les sites de campagne et la presse locale. Moins flashy, beaucoup plus propre.

Jordan Servan

Spécialiste Tech

Rédacteur sur Begeek.fr depuis 2014, passionné par les jeux vidéo, les séries TV et le cinéma.

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