En bref
- SpaceX prévoit de construire en Louisiane une nouvelle base Starship, pour plus de 100 milliards de dollars.
- Le projet dépend du succès de Starship, qui doit encore prouver sa réutilisation complète et régulière.
- La future base promet des milliers d’emplois, mais soulève déjà des inquiétudes sur la sécurité et l’environnement.
Dépenser pas moins de 100 milliards de dollars pour une base de lancement alors que la fusée maison n’a toujours pas bouclé sa démonstration complète de réutilisation, c’est un move très SpaceX. Et quelque part, ça dit tout du projet Starship.
Un chantier XXL déjà daté
Le futur site prendra place en Louisiane, sur la côte du Golfe, dans Vermilion Parish, à l’ouest de La Nouvelle-Orléans, sur une ancienne propriété d’Exxon. SpaceX explique avoir cherché un emplacement pendant sept ans, et la boîte avance un démarrage des travaux en 2027, pour un premier lancement de Starship en 2029.
Sauf que le calendrier n’est pas totalement verrouillé. Louisiana Economic Development, l’agence de développement économique de l’État, se montre un peu plus prudente et table plutôt sur des travaux lancés d’ici fin 2027, avec des opérations initiales attendues en 2030. Ce n’est pas un détail. Sur un projet pareil, un an de glissement, ça arrive vite.
Le vrai verrou, c’est encore Starship
Pour l’instant, SpaceX a surtout une ambition énorme et une fusée encore en rodage. Depuis 2023, Starship a enchaîné 13 vols d’essai. Il y a eu des cases cochées, clairement, mais pas encore le combo indispensable.
Le prochain, le 14ème, pourrait envoyer l’étage supérieur en orbite pour la première fois. Mais SpaceX n’a pas encore réussi à faire revenir en même temps le booster et l’étage supérieur jusqu’au pas de tir sur un seul vol. Or la vraie promesse de Starship, ce n’est pas juste de voler. C’est de revoler vite, souvent, presque comme un bus spatial. On en est encore loin.
Pourquoi SpaceX mise presque tout là-dessus
Ce deuxième Starbase n’est pas un caprice de milliardaire. C’est le futur modèle économique de SpaceX. La société a déjà englouti plus de 8 milliards de dollars dans le développement de Starship, la fusée la plus puissante et la plus grande jamais construite.
La logique est limpide. Elon Musk a indiqué que les Falcon 9 et Falcon Heavy partiraient à la retraite une fois que Starship volerait plusieurs fois par semaine. Et derrière, il y a Starlink, la branche rentable de SpaceX, plus un futur réseau de satellites dédiés au traitement de l’IA. Sans Starship, tout ça plafonne.
Emplois, ville-usine et questions locales
Côté promesses, le projet est massif. Louisiana Economic Development évoque 3000 emplois directs sur dix ans, avec un salaire annuel moyen de 92.600 dollars. Au pic du chantier, plus de 30.000 emplois dans la construction sont attendus.
SpaceX parle aussi d’un port spatial autosuffisant, avec production de propergol, production d’énergie, installations de traitement des véhicules, capacités maritimes en eau profonde et même un aéroport. En gros, plus qu’une base, presque une enclave industrielle.
Mais il y a un passif. Au Texas, le site de Starbase, anciennement Boca Chica, a accumulé un taux de blessures très élevé sur la dernière décennie. Des centaines d’incidents ont été signalés à l’administration américaine de la sécurité au travail, et un ouvrier d’un sous-traitant y a trouvé la mort en mai. Sans oublier les critiques récurrentes sur l’impact écologique local. En Louisiane, SpaceX dit avoir déjà engagé des discussions avec les agences publiques sur la faune, les pêcheries et l’érosion côtière. Le chantier promet beaucoup. Il traîne aussi un sacré bagage.