En bref
- Life of Brian a été attaqué pour blasphème
- Des interdictions ont dopé sa notoriété
- Le film est devenu le plus gros succès des Monty Python
Le plus intéressant avec Life of Brian, ce n’est pas seulement le film. C’est ce qu’on a projeté dessus. À sa sortie, le 17 août 1979, la comédie des Monty Python a déclenché une vraie guerre culturelle. Quarante-sept ans plus tard, la polémique fait presque partie du film autant que ses scènes cultes.
Un film accusé avant même d’être vu
Avant même le premier clap en Tunisie, le projet sentait déjà la poudre. Quelques jours avant le départ de l’équipe, EMI, qui devait soutenir la production, s’est retiré après avoir lu le scénario. Résultat, le film a failli ne jamais exister.
C’est George Harrison, ex-Beatles, qui a débloqué la situation en avançant lui-même le budget de production, 4 millions de dollars, soit environ 3 millions d’euros (4 millions de dollars). Et la prudence d’EMI n’était pas absurde. En 1977, l’affaire Gay News avait installé un précédent juridique inquiétant autour du blasphème. Après visionnage, l’avocat et scénariste John Mortimer a d’ailleurs prévenu Michael Palin qu’une condamnation restait très improbable, mais pas totalement impossible.
La croisade morale s’est emballée toute seule
Puis le film arrive en salles, d’abord à New York et Los Angeles. Et là, l’emballement. Des villes l’interdisent, des pays aussi. Certains critiques vont jusqu’à parler d’un crime contre la religion, d’une œuvre produite en enfer, voire d’un film susceptible de provoquer de graves violences.
Le détail qui change tout, c’est que pas mal de figures de cette fronde ne semblaient même pas avoir vu Life of Brian. Le révérend Eugene V. Clark, pour l’archidiocèse catholique romain de New York, affirmait que le film tournait le Christ en ridicule. Le ministre presbytérien William Solomon, lui, se disait bouleversé alors qu’il n’avait écouté que la bande-son. Bon, difficile de juger plus à côté.
Interdire le film, c’était presque le vendre
À la fin des années 1970, censurer un film revenait souvent à lui offrir sa meilleure affiche. Le Hays Code avait disparu depuis 1968, le cinéma d’exploitation testait toutes les limites, et la religion restait un tabou rentable. En 1973, The Exorcist avait déjà transformé sa réputation sulfureuse en jackpot, avec 430 millions de dollars au box-office mondial, soit environ 391 millions d’euros (430 millions de dollars).
Le réalisateur William Friedkin l’avait résumé avec un cynisme assez limpide, en expliquant que l’une des meilleures choses qui pouvait arriver à un film était d’être dénoncé par le pape.
La pub rêvée pour Monty Python
C’est exactement ce qui s’est passé pour Life of Brian. Après son interdiction en Norvège, Terry Jones racontait que des publicités en Suède le vendaient comme « le film si drôle qu’il a été interdit en Norvège ». Au Royaume-Uni, là où certaines villes comme Harrogate le bannissaient, la promo reprenait le même principe.
Et cette mécanique a payé. John Cleese plaisantait en disant que les ennemis les plus féroces du film l’avaient enrichi et qu’il faudrait leur envoyer une caisse de champagne. Le long-métrage a fini par devenir le plus gros succès cinéma des Monty Python, avec 20,7 millions de dollars de recettes mondiales, soit environ 19 millions d’euros (20,7 millions de dollars).
Même les protestations racontent cette bascule. En Caroline du Sud, 50 personnes ont manifesté contre une projection. Après l’annulation des séances sous pression du sénateur Strom Thurmond, 150 personnes se sont rassemblées pour protester contre cette annulation. Quand la censure devient l’événement, le film n’a presque plus besoin de se vendre lui-même.