En bref
- Cillian Murphy n’a jamais eu un vrai costume complet
- Christopher Nolan voulait une justification concrète au masque
- Un choix qui dit tout de son Batman
Le détail paraît minime. Il raconte pourtant presque toute la trilogie. Dans Batman Begins, l’Épouvantail joué par Cillian Murphy ne se promène pas en super-vilain de comic book, il garde surtout un masque sur un costume d’affaires. Et ce n’était pas un hasard, ni un compromis de dernière minute.
Un masque, pas un déguisement
Chez Christopher Nolan, même les figures les plus théâtrales de Gotham doivent passer l’épreuve du plausible. On le voit avec Ra’s al Ghul, vidé de son versant quasi surnaturel, mais aussi avec Jonathan Crane. Dans le film, il conserve sa toxine de la peur et son visage de toile grossière, pas le reste du folklore.
David S. Goyer, co-scénariste et gros lecteur de Batman, a raconté que Nolan lui avait demandé si l’Épouvantail devait vraiment porter ce masque. Quand Goyer a insisté, le réalisateur a posé sa condition, trouver une raison pratique à cet accessoire. En gros, pas de costume juste pour faire joli.
Quand le réalisme impose une fonction
Ce cadre explique tout. Le masque final n’a pas été improvisé, il est passé par une vingtaine de maquettes avant d’aboutir à cette version en sac de jute déformé, avec coutures apparentes, yeux creusés et un bout de corde pendu autour du cou. Visuellement, c’est simple, mais assez malsain pour marquer.
La première vraie démonstration arrive avec Carmine Falcone, interprété par Tom Wilkinson. Arrêté par Batman, le mafieux obtient un entretien avec Crane, qui dirige alors Arkham Asylum. Là, le médecin lui présente son masque comme un élément de ses expériences sur les patients drogués à la toxine de la peur.
Résultat ? Le masque n’est pas qu’un effet de style. C’est aussi un masque à gaz, donc une protection contre sa propre toxine. Mais il sert surtout à amplifier la terreur du sujet déjà drogué. Un masque standard ferait le boulot technique. Celui-ci ajoute la mise en scène, et chez l’Épouvantail, la mise en scène fait partie de l’arme.
Le symbole d’un Gotham qui n’ose jamais basculer
C’est là que le choix devient intéressant. L’Épouvantail rappelle que le Batman de Nolan accepte la théâtralité, mais jusqu’à un certain point. Sa ville n’ira jamais complètement vers le carnaval criminel des comics, même quand Jim Gordon, joué par Gary Oldman, annonce la montée de criminels plus extravagants que la mafia.
La trilogie reprend pourtant des éléments de Batman: The Long Halloween, y compris cette idée d’un passage du crime organisé aux super-vilains. Scarecrow réapparaît brièvement dans The Dark Knight, comme pour rappeler que le Joker n’a pas inventé ce goût du spectacle. Mais Nolan s’arrête avant l’opéra.
Et c’est presque ironique. Dans l’animation Batman: Gotham Knight, écrite en partie par Goyer, Crane reçoit enfin un costume bien plus proche des comics. Même les visuels promo de The Dark Knight Rises montraient encore le masque. Dans le film, il disparaît. Bon, cohérent avec la logique du réalisateur. Mais pour l’image de Scarecrow, clairement, c’était une occasion ratée.