En bref
- La saison 2 a désorienté fans et acteurs
- The Wire voulait raconter Baltimore, pas un cartel
- Le pari a élargi la série à toutes les institutions
On a longtemps parlé de The Wire comme d’un grand récit sur les flics et les dealers. C’était plus large que ça. Pour David Simon, le personnage principal, c’était Baltimore, sa lente usure, et tout ce que la guerre contre la drogue abîme autour d’elle.
La série ne parlait pas d’un réseau, mais d’une ville
Au départ, David Simon vend la série à HBO, à Chris Albrecht et Carolyn Strauss, comme une version renversée du polar criminel. Il prolonge surtout ce qu’il avait déjà lancé avec The Corner, adaptation de son livre coécrit avec Ed Burns. Là où The Corner regardait un coin de rue, The Wire voulait remonter toute la chaîne, du trafic de drogue jusqu’à l’hôtel de ville, en passant par les docks.
La saison 1 pose donc un cadre très fort, celui de l’organisation Barksdale, avec Avon Barksdale et Stringer Bell. En treize épisodes, le public apprend une grammaire, un rythme, un réalisme sec, sans flashbacks ni effets faciles. Et c’est précisément là que la série choisit de déstabiliser tout le monde.
Le port a cassé les habitudes, même en interne
Quand la saison 2 arrive, cap sur le port de Baltimore. Plus de retour confortable vers la routine du premier chapitre. Même des acteurs ont tiqué. Clarke Peters, qui joue Lester Freamon, raconte avoir pensé, en substance, « Mais c’est quoi ce bordel ? Où sont passées nos drogues ? » avant de comprendre que la série ne parlait pas d’eux, mais de la ville.
Même réaction chez Michael K. Williams. Lui pensait repartir dans la foulée de l’élan de la saison 1. Puis David Simon l’emmène aux docks. L’acteur dira qu’il l’a mal vécu sur le moment, avant de saisir, seulement vers la saison 3, que revenir tout de suite aux tours HLM aurait rétréci le récit.
Construire une ville, pas refaire un polar
Ce choix ne sortait pas de nulle part. Ancien journaliste au Baltimore Sun, David Simon avait déjà travaillé avec Ed Burns, alors policier, sur des enquêtes qui avaient nourri Homicide, puis The Corner. Son idée pour The Wire tenait en une formule rapportée plus tard, « Maintenant, on va construire une ville ».
Autrement dit, il fallait intégrer les routes d’approvisionnement, la machine politique, l’école en miettes, et la mort du travail. Avec Frank Sobotka, Nick et Ziggy, la saison 2 montre que l’économie pousse autant que la morale. C’est là que la série devient autre chose qu’un simple cop show. Franchement, c’est ce qui fait sa force encore aujourd’hui.
Un pari risqué qui a redéfini la série
Le plus intéressant, c’est que ce détour a payé. La saison 2 a fait mieux en audiences que la première. Carolyn Strauss estimait que ce virage avait sans doute séduit un autre public, tout en perdant une partie du premier. Chris Albrecht, lui, résumait ça beaucoup plus sèchement, « Parce qu’il y avait des Blancs dedans ».
Et la bascule ne s’est pas arrêtée là. La saison 3 revient vers McNulty, Cedric Daniels et Stringer, mais avec Hamsterdam en toile de fond. La 4 ausculte l’école via Prez. La 5 s’attaque aux médias. Vingt ans après, on comprend mieux pourquoi ce grand écart semblait si brutal. Il annonçait déjà une série qui voulait cartographier un système, pas juste suivre une enquête.