En bref
- Isaac Asimov voyait quatre raisons au succès
- Star Trek a surtout explosé en rediffusion
- Son héritage se lit jusqu’à Next Generation
Star Trek n’a pas triomphé tout de suite. Diffusée entre 1966 et 1969, la série est devenue un phénomène plus tard, en rediffusion, puis dans les conventions du début des années 1970. C’est précisément ce décalage qui rend la lecture d’Isaac Asimov intéressante, parce qu’elle parle moins d’un carton d’audience que d’une adhésion profonde du public.
Un succès né après la télévision
Proche de Gene Roddenberry, avec qui il échangeait souvent par lettres, Asimov connaissait le petit monde de Star Trek de très près. Il fréquentait les premières conventions, discutait avec les fans, suivait la série, et apportait même des idées d’une manière générale. Il ne s’est pas vraiment proclamé Trekkie, mais il observait le phénomène de l’intérieur.
Ce que le public venait chercher, on le voit assez bien avec le recul. Une distribution diverse, d’abord. Puis une vision franchement utopique du futur, où l’on parle de se débarrasser des préjugés, et où la diplomatie pèse plus lourd que la force militaire. Pour une série de science-fiction télé de cette époque, ce n’était pas anodin.
Les quatre clés selon Asimov
Dans un texte repris par Starlog en 1976 après une publication dans Cue Magazine, Asimov résumait la popularité de Star Trek en quatre points. D’abord, la science-fiction attire naturellement des jeunes intelligents, préoccupés par leur monde et par l’avenir dans lequel ils vont grandir. Ensuite, la série montrait assez de respect pour la science pour convaincre le public le plus exigeant du genre.
Il ajoutait deux autres éléments. Beaucoup d’épisodes posaient de vrais problèmes moraux, résolus de façon humaine. Et la série reposait sur des personnages singuliers, attachants, assez marqués pour susciter un lien durable. En gros, un programme cérébral, attentif aux détails, mais jamais froid.
La Horta, ou la morale Star Trek en pratique
Asimov citait l’idée du monstre regardé avec empathie. L’exemple le plus probable, c’est la Horta dans l’épisode The Devil in the Dark. Au départ, la créature ressemble à une menace tout droit sortie d’une série B, capable de faire fondre les humains avec ses acides biologiques.
Mais la révélation change tout. Elle protégeait ses œufs contre des mineurs humains entrés sur son territoire. La conclusion ne passe pas par l’extermination, mais par la paix entre les humains et la créature. Clairement, on tient là un concentré de la morale Star Trek.
Ce que cette lecture a laissé à la franchise
Cette analyse est devenue l’une des lectures critiques les plus classiques de la série. Et elle colle au contexte. Dans la seconde moitié des années 1960, entre la guerre du Vietnam, l’assassinat de Martin Luther King et une ambiance assez sombre, Star Trek proposait un futur plus lumineux, où l’humanité survivrait à ses crises et dépasserait la guerre comme les préjugés.
On retrouvait aussi ce goût du détail scientifique, avec des ingénieurs les mains dans les moteurs de l’USS Enterprise, et une vraie nuance morale face aux aliens. Plus tard, quand Gene Roddenberry lance Star Trek: The Next Generation au milieu des années 1980, il pousse encore plus loin cet ADN, plus optimiste, plus rigoureux, plus humain. Asimov n’a pas créé cette série. Mais son diagnostic, lui, a peut-être aidé à fixer ce que Star Trek devait devenir sur la durée.