En bref
- Au cinéma, Fight Club a déçu Fox
- Le DVD a transformé sa réception
- Son message reste souvent mal lu
Le paradoxe est assez rare pour être rappelé. Fight Club, signé David Fincher, a d’abord été un échec commercial avant de devenir un objet culturel qu’on continue de citer, détourner et disséquer 27 ans plus tard.
Adapté du roman de Chuck Palahniuk par Jim Uhls, le film suit un employé insomniaque sans nom, joué par Edward Norton, fasciné par Tyler Durden, le personnage de Brad Pitt. Leur club clandestin glisse vers Project Mayhem, un mouvement anarchisant qui prétend s’attaquer à la société de consommation. Au milieu, Helena Bonham Carter incarne Marla Singer. Sur le papier, mélange de comédie noire, d’horreur psychologique et de satire sociale. Pas le produit le plus simple à vendre pour un grand studio.
Un flop qui arrive au mauvais moment
Ce n’est pas tant le film qui a échoué que sa rencontre avec le public. Produit pour environ 63 millions de dollars, soit autour de 58 millions d’euros, Fight Club démarre à 11 millions de dollars, environ 10 millions d’euros, tout en prenant la tête du box-office sur son premier week-end.
La suite est moins flatteuse, avec 37 millions de dollars aux États-Unis, environ 34 millions d’euros, et 101 millions dans le monde, autour de 93 millions d’euros. Fox ne savait visiblement pas comment le vendre. Après la fusillade de Columbine, la sortie a été repoussée à octobre, et la promo a mis l’accent sur le torse de Brad Pitt et les combats clandestins, beaucoup moins sur ce que raconte vraiment le film.
Et le contraste était franchement bizarre. Un module promotionnel diffusé avant The Phantom Menace plaçait Fight Club à côté de Anna and the King et de Titan A.E., donc entre un remake familial et un film d’animation. Mauvais aiguillage. Comme si cela ne suffisait pas, Rosie O’Donnell a carrément révélé à la télévision le grand twist du film, puis a raconté en 2021 que Courtney Love lui avait dit que Pitt et Norton l’avaient encore en travers de la gorge.
Le DVD a changé la façon de voir le film
Le vrai décollage commence le 6 juin 2000. En DVD, le film trouve enfin son terrain. L’édition collector sur deux disques empilait les commentaires audio, les scènes coupées, les documentaires et divers bonus. À l’époque, ce genre de contenu comptait vraiment.
Fincher s’est amusé avec le format, en cachant des surprises et de faux messages de salle. Le Blu-ray anniversaire de 2009 allait même jusqu’à afficher un faux menu de Never Been Kissed avant de révéler le vrai film, avec l’accord de Drew Barrymore. Surtout, le support rendait possible ce dont Fight Club avait besoin, la revision. Les apparitions furtives de Tyler Durden et les indices disséminés partout sautent aux yeux au deuxième visionnage.
Un film culte, souvent mal compris
C’est là que le film devient culte, mais aussi mal lu. Tyler Durden s’est imposé comme l’un des rôles les plus reconnaissables de Brad Pitt, alors même que le film démonte son idéologie. Project Mayhem, dans le récit, fonctionne comme une secte où l’on abandonne son identité en croyant se libérer.
Bon, une partie du public a retenu autre chose. Les tirades de Tyler ont été répétées partout, de vrais clubs de combat ont vu le jour, et un film anti-consumériste a fini en machine à produits dérivés. Le cas le plus parlant reste le jeu vidéo Fight Club sorti en 2004 sur PlayStation 2 et Xbox, simple jeu de baston avec finishs ultra-violents et même Fred Durst en personnage jouable. Sa note Metacritic, 37, disait assez bien le problème.
Une empreinte qui déborde largement du cinéma
Même ses seconds rôles ont eu une drôle de postérité. Jared Leto, vu en Angel Face, deviendra le Joker de Suicide Squad. Holt McCallany, le Mécanicien, passera ensuite par Mindhunter chez Netflix avant d’apparaître dans Justice League. Et Meat Loaf, inoubliable en Robert Paulson, se retrouve lié à un vieux projet de comédie musicale Batman via un titre de Bat Out of Hell III.
L’univers a même continué en comics avec Fight Club 2 en 2015 puis Fight Club 3 en 2019, publiés par Dark Horse et dessinés par Cameron Stewart. Cette année, des photos de Brad Pitt et Edward Norton ensemble lors d’un match de Coupe du monde au SoFi Stadium ont relancé les blagues autour d’une suite. Le plus intéressant est peut-être là. Certains films ratent leur sortie, puis finissent par raconter quelque chose de plus large sur leur époque que prévu.