En bref
- Blue Velvet a 40 ans aujourd’hui
- Le film a secoué Hollywood durablement
- David Lynch y impose enfin sa vision
Il y a des films qui accompagnent une époque. Et il y a ceux qui la réveillent en sursaut. Sorti il y a quarante ans, Blue Velvet appartient clairement à la seconde catégorie.
Un faux retour au calme, puis la déflagration
Sur le papier, rien ne criait au séisme. Les années 1970 et 1980 avaient déjà vu monter le néo-noir, et le film n’arrivait pas porté par une armada de vedettes toutes neuves. Avant sa sortie, les noms les plus visibles restaient David Lynch et Dennis Hopper, deux profils alors fragilisés, le premier après l’échec de Dune, le second enchaînant des projets plus bancals comme My Science Project ou The Texas Chainsaw Massacre 2.
Mais le film a fait bien plus que relancer ces deux trajectoires. Il a aussi servi de tremplin à Kyle MacLachlan, Laura Dern et Isabella Rossellini. Surtout, il a imposé un mélange de satire, de surréalisme et de noir qui a fini par marquer bien au-delà du genre.
Quand les années 1950 deviennent un piège
Ce qui frappe encore, c’est sa manière de regarder l’Amérique de la petite ville. Dans le cinéma américain des années 1980, on voyait beaucoup de relectures du passé, souvent à travers la nostalgie des années 1950, de Back to the Future à des remakes comme The Thing, The Blob ou The Fly. Blue Velvet, lui, reprend ces repères culturels, jusque dans la chanson de Bobby Vinton, pour mieux les fissurer.
Le décor semble familier, presque rassurant. Puis il se tord. Le parcours de Jeffrey Beaumont, jeune étudiant encore naïf, remplace le détective blasé classique du noir. C’est un détail important, parce que le film ne montre pas seulement un crime ou une enquête. Il raconte la découverte brutale d’un monde sale, caché, et d’une part plus trouble de soi-même.
Le moment où Lynch devient vraiment Lynch
David Lynch avait déjà montré sa singularité avec Eraserhead. Mais ce film n’avait pas vraiment traversé le grand public. The Elephant Man et Dune, eux, portaient sa patte tout en restant des œuvres plus encadrées.
Avec Blue Velvet, quelque chose se verrouille enfin. Son univers devient pleinement lisible sans perdre son étrangeté. C’est sans doute ce qui rend le film si fort, encore aujourd’hui. Il est bizarre, oui, mais jamais abstrait au point de tenir le spectateur à distance.
Une influence qui dépasse largement le film noir
Le film sert aussi de point d’ancrage pour la suite. Il rassemble plusieurs futurs collaborateurs réguliers de Lynch, confirme son talent de directeur d’acteurs et ouvre très clairement la voie à Twin Peaks, qui n’aurait probablement pas existé sous cette forme sans lui.
Et puis il y a l’effet culturel, plus large. Blue Velvet a déclenché un débat intense, bien avant les réseaux sociaux, parce qu’il touchait à quelque chose de sensible, la mythologie d’une Amérique innocente. C’est là que le film reste important. Pas seulement comme grand noir moderne, mais comme œuvre qui a forcé Hollywood à regarder autrement ses souvenirs. Quarante ans plus tard, ce réveil-là continue de produire des secousses.