En bref
- Apple TV lance le polar Nocturne
- Stephen Graham joue un tueur méthodique et méditatif
- La série mise sur la manipulation psychologique
Un tueur en série qui médite dans sa cellule, l’idée peut sembler presque trop propre sur le papier. Dans Nocturne, c’est justement ce décalage qui fait naître le malaise. Le personnage de Jurek Walter, interprété par Stephen Graham, n’a pas besoin de bouger beaucoup pour occuper tout l’écran.
Un tueur immobile, mais jamais inoffensif
Pour construire Jurek Walter, Stephen Graham raconte avoir proposé très tôt une piste à Tim, avec une intuition simple et franchement efficace. Selon lui, ce personnage médite beaucoup, afin de trouver une forme de calme intérieur, mais aussi de renforcer sa patience.
L’acteur explique même, « Dès le début, j’ai dit à Tim, écoute, je crois que j’ai une porte d’entrée pour ce type ». Puis il précise, « Je pense qu’il médite un peu beaucoup ». Dans son esprit, ce calme n’a rien d’apaisant. Il sert un objectif très concret, sortir un jour de cette boîte en béton. Et pour ça, il faut attendre, observer, tenir.
Le vrai moteur de la série, c’est la contamination mentale
Le plus intéressant, quand même, c’est que Jurek Walter est présenté comme une menace déjà active alors qu’il est enfermé. La première scène le montre en train de convaincre le détenu de la cellule voisine de se fracasser lui-même le crâne contre le mur, sous prétexte de soigner sa maladie mentale. Résultat.
La série insiste aussi sur sa cruauté très particulière. Jurek enterre ses victimes vivantes, en leur laissant de quoi survivre un temps, eau, nourriture, tubes d’air. Pas pour leur donner une chance. Pour fabriquer une torture plus longue, fondée sur un faux espoir. Cette logique déborde ensuite sur tout le reste, les proches, les enquêteurs, ceux qui arrivent trop tard.
Une enquête classique en façade, plus tordue dans l’exécution
En surface, Nocturne part d’un canevas connu. Jonah Lynn, ancien inspecteur des homicides incarné par Liev Schreiber, replonge dans l’enquête autour de crimes qui ressemblent à ceux de Jurek Walter, l’homme qu’il a lui-même fait arrêter des années plus tôt.
Mais le cadre se fissure vite. Quand le FBI intervient, Jonah Lynn commence à contourner la loi avec Saga Bauer, son agent de fille adoptive jouée par Zazie Beetz. Leur but n’est pas seulement de suivre la piste du tueur, ils cherchent aussi à infiltrer l’établissement où il est détenu pour voir ce qu’il cache encore. La tension des deux premiers épisodes repose là-dessus, cette sensation que le tueur garde peut-être toujours un coup d’avance, un peu comme dans Se7en.
Le prédateur que tout le monde regarde de trop près
Un autre personnage semble mesurer trop tard le danger, Karl Anders, employé de l’hôpital psychiatrique joué par Rory Culkin. Sa manière de voir Jurek Walter résume assez bien l’effet recherché par la série.
Rory Culkin le décrit ainsi, « comme ce prédateur exotique. Comme un tigre. Cette créature belle, fascinante, qui pourrait vous déchiqueter en une seconde ». C’est sans doute là que Nocturne peut faire la différence sur Apple TV. Pas par la surenchère, mais par ce mélange de fascination et de contrôle. De nouveaux épisodes arrivent chaque vendredi, et la vraie question n’est déjà plus de savoir s’il est dangereux, mais jusqu’où son calme va contaminer l’enquête.