L’IA accélère la concurrence et complique la vie des investisseurs

Le tabou du capital-risque qui interdit de financer deux rivaux directs craque sous la poussée de l’IA. Et quand Benchmark le dit, ce n’est pas anodin.

Intelligence artificielle
Image d'illustration. Intelligence artificielle — ADN

En bref

  • Benchmark reconnaît que la règle consistant à ne pas financer deux startups concurrentes devient difficile à maintenir.
  • L’essor de l’IA accélère les pivots et multiplie les conflits potentiels entre entreprises d’un même portefeuille.
  • L’affaire Factory-Cognition illustre ces tensions et relance le débat sur la loyauté des investisseurs, la confidentialité et la transparence envers les fondateurs.

Si Benchmark commence à dire que la vieille règle du capital-risque ne tient plus aussi bien, il faut tendre l’oreille. Cette firme a bâti sa réputation sur des relations très longues avec les fondateurs, souvent dès les premiers tours. Pas le genre à parler de loyauté comme d’un détail.

Quand le gardien de la règle commence à douter

Lors de TechCrunch Disrupt, plusieurs associés de Benchmark ont reconnu que le pacte non écrit qui consiste à ne pas financer deux concurrents frontaux subit une vraie pression. Eric Vishria a résumé ça assez sèchement, les boîtes changent vite, pivotent, élargissent leur terrain de jeu, donc les conflits finissent par arriver. Pas par envie, mais parce que la dynamique actuelle pousse dans ce sens.

Il a quand même défendu une ligne. Benchmark resterait fidèle à chaque fondateur, protégerait les informations confidentielles, et considère toujours l’exclusivité comme très importante au tout début d’une aventure. Mais il a aussi reconnu que les choses évoluent, sans détour. Et ça, clairement, ce n’est pas anodin.

L’IA accélère tout, y compris les collisions

Pour Chetan Puttagunta, l’IA ne fait pas qu’ajouter des startups, elle change la vitesse du jeu. Son idée est simple, le coût de fabrication du logiciel tend presque vers zéro, donc les fondateurs voient plus grand, plus vite. Ils repèrent toute une surface de marché et veulent la prendre.

Résultat, une société qui ne semblait pas concurrente au départ peut finir par marcher sur les plates-bandes d’une autre du portefeuille. Pour lui, financer deux rivaux directs dès le premier jour, la réponse est facile, non. Le vrai casse-tête arrive plus tard, quand l’expansion transforme deux trajectoires séparées en collision frontale.

Le cas Factory-Cognition a mis le feu aux poudres

Ce débat a eu un exemple très concret fin septembre. Factory, qui développe un agent IA pour écrire du code, a écarté son observateur au board et conseiller Chris Degnan, en l’accusant d’une conduite contraire à l’éthique impliquant Cognition, rival direct connu pour l’agent de code Devin.

Le patron de Factory affirme que Degnan discutait d’un poste chez Cognition alors qu’il avait accès à des échanges de niveau board. Degnan, lui, a assuré avoir déjà démissionné et nie avoir transmis quoi que ce soit de confidentiel. Peu après, il a annoncé rejoindre Cognition comme chief revenue officer. Et Vinod Khosla a pris sa défense sur X, en qualifiant Factory de concurrent en difficulté de second rang. Problème, Khosla Ventures soutient les deux. Ambiance.

Pourquoi ça compte vraiment pour les fondateurs ?

Peter Fenton a qualifié ce sujet de « kryptonite », le problème le plus dur pour la firme. Son image est parlante, entre le cofondateur totalement engagé d’un côté et l’investisseur de marché public qui répartit juste son capital de l’autre, Benchmark se voit plus près du premier camp.

Du coup, la vraie promesse, c’est la transparence. Pas de surprise après coup, et surtout pas de fondateur qui se sent floué si un conflit apparaît. Benchmark ne dit pas que le pacte est mort. Mais quand un acteur aussi attaché à la confiance admet que les chocs vont se multiplier, pas mal de fondateurs vont regarder leur cap table autrement.

Jordan Servan

Spécialiste Tech

Rédacteur sur Begeek.fr depuis 2014, passionné par les jeux vidéo, les séries TV et le cinéma.

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