En bref
- Bonnes critiques, mais recettes insuffisantes
- Disney a refermé la porte à une suite
- Le film reste l’ultime occasion manquée de Blue Sky
Un film peut avoir le bon casting, le bon ton, et quand même rater son rendez-vous. Les Incognitos (Spies in Disguise) en est un bon exemple. Sorti en 2019, le film d’animation porté par Tom Holland et Will Smith avait clairement l’allure d’un premier épisode. Il n’aura pourtant jamais de suite.
Un duo qui avait tout pour durer
Ce qui frappait d’abord, c’était l’idée de casting. Will Smith prêtait sa voix à Lance Sterling, agent star de l’organisation H.T.U.V., tandis que Tom Holland incarnait Walter Beckett, jeune scientifique brillant, diplômé du MIT et beaucoup plus maladroit socialement.
Le film jouait bien avec cette opposition. Sterling, espion sûr de lui, se retrouve transformé en pigeon, ce qui inverse d’un coup le rapport de force avec Walter. Sur le papier, c’est simple. À l’écran, ça marche, parce que les deux comédiens ont un vrai sens du timing comique. Les réalisateurs Nick Bruno et Troy Quane, alors en co-réalisation pour leur premier long métrage ensemble, en tiraient visiblement le meilleur.
Et l’intrigue faisait le job. Après une mission autour d’un drone volé à un marchand d’armes japonais, Sterling est piégé par le terroriste Killian, doublé par Ben Mendelsohn. L’espion et le scientifique doivent alors coopérer tout en étant traqués par leur propre agence.
Le box-office a coupé l’élan net
Le plus frustrant, c’est que l’accueil n’était pas mauvais. Le film affiche 76% sur Rotten Tomatoes, et plusieurs critiques ont salué surtout l’entente entre ses deux voix principales. Soren Andersen, du Seattle Times, estimait que son vrai charme reposait sur leur interaction. Même écho chez Clarisse Loughrey, de The Independent, qui décrivait un duo séduisant entre un personnage nerveux et appliqué, et un autre confiant, presque cynique.
Mais le cinéma, c’est aussi une affaire de chiffres. Avec environ 158 millions d’euros de recettes mondiales (171,6 M$), pour un budget d’environ 92 millions d’euros (100 M$), Spies in Disguise n’a pas assez rapporté. Pas un crash total, non. Pas de quoi lancer une saga non plus. C’est même le film Blue Sky Studios le moins rentable au box-office. Ferdinand avait atteint environ 272 millions d’euros (296 M$) pour un budget d’environ 102 millions d’euros (111 M$). Epic, lui, était monté à environ 247 millions d’euros (268 M$) avec un budget d’environ 92 millions d’euros (100 M$).
Blue Sky n’avait déjà plus vraiment d’avenir
Sauf que les recettes n’expliquent pas tout. En 2019, le rachat de Fox par Disney est bouclé. À partir de là, l’avenir de Blue Sky se rétrécit franchement. Le studio, connu surtout pour Ice Age, mais aussi pour les films Rio ou encore Robots, travaille alors sur Nimona.
Deux ans plus tard, en 2021, Disney ferme officiellement le studio et annule Nimona. Le groupe expliquera que la pandémie de COVID-19 compliquait la gestion d’un troisième studio d’animation, alors qu’il possédait déjà Pixar et Disney Animation. Nimona finira tout de même par sortir sur Netflix en 2023, avec Nick Bruno et Troy Quane de retour.
Pourquoi ce cas dépasse ce simple film
Spies in Disguise raconte quelque chose de plus large. Un film peut être amusant, bien reçu, porté par un duo crédible, et rester sans lendemain s’il arrive au mauvais moment industriel. Pour Tom Holland, c’est aussi un rappel un peu sec de ses difficultés à empiler les succès hors Marvel. Et pour Blue Sky, c’était une dernière chance ratée, avant extinction.