La requête insolite de Stanley Kubrick qui a hanté Steven Spielberg lors de leur collaboration de science-fiction

Image d'illustration. A.I. Intelligence ArtificielleAmblin Entertainment / PR-ADN
Lors de leur collaboration sur un projet de science-fiction, une exigence singulière de Stanley Kubrick a profondément troublé Steven Spielberg, au point d’entraîner chez lui de longues nuits d’insomnie et de réflexion intense sur la direction du film.
Tl;dr
- Spielberg a dû garder un fax pour Kubrick.
- La femme de Spielberg a jeté le fax hors de la chambre.
- « A.I. » fusionne les visions de Kubrick et Spielberg.
Quand la vision de Kubrick persiste après sa disparition
Dans l’histoire du cinéma, rares sont les collaborations aussi singulières que celle entre Steven Spielberg et Stanley Kubrick. À la fin des années 1990, alors que le projet d’adapter « Supertoys Last All Summer Long » du Britannique Brian Aldiss traînait depuis près de trois décennies dans l’esprit de Kubrick, c’est finalement à Spielberg qu’il décide de confier la réalisation de ce qui deviendra « A.I. Artificial Intelligence ».
L’héritage d’un réalisateur rare mais exigeant
Contrairement à ce que son influence laisse supposer, Kubrick n’a pas réalisé tant de films. Sa compagne, Christiane Kubrick, confiait d’ailleurs à la British Film Institute combien il hésitait longuement avant chaque nouveau projet, en rejetant une multitude avec regrets. À sa mort en 1999, plusieurs scénarios restaient ainsi dans ses tiroirs. Mais « A.I. » allait franchir la ligne d’arrivée – non sans un certain tourment.
L’étrange fax nocturne imposé à Spielberg
Peu après avoir accepté la charge laissée par Kubrick, Spielberg découvre une exigence inhabituelle : installer un fax dans sa propre chambre. Lors d’un entretien avec James Cameron, il se remémore cette consigne pressante, expliquée par la volonté de protéger la confidentialité des notes et croquis envoyés à toute heure depuis l’Angleterre : « Cela doit aller dans ta chambre ! Il faut que ce soit privé ! », insistait le réalisateur d’« Eyes Wide Shut ». La scène tourne au comique familial lorsque, excédée par les bips nocturnes du fax, l’épouse de Spielberg, Kate Capshaw, s’en débarrasse au bout de deux nuits.
Voici quelques-unes des méthodes singulières qui ont marqué cette collaboration :
- Kubrick supervisait à distance par fax, jour et nuit.
- Spielberg, habitué aux tournages classiques, dut composer avec ces intrusions.
- L’équipe devait adapter son rythme au perfectionnisme légendaire du maître britannique.
D’une symbiose difficile naît une œuvre hybride
Malgré ces épisodes rocambolesques, « A.I. Artificial Intelligence » sort en 2001 sous la houlette de Spielberg. Si beaucoup y voient un choc des styles — froideur cérébrale kubrickienne contre l’émotion lumineuse du créateur d’« E.T. » — les frontières ne sont pas si nettes : nombre des éléments jugés « chaleureux » provenaient en fait du scénario original laissé par Kubrick. Dès lors, l’œuvre porte la marque indélébile des deux cinéastes : un legs aussi ambitieux qu’ambivalent, où persiste encore aujourd’hui le parfum d’une collaboration unique — même… à travers un simple fax oublié dans une chambre californienne.