En bref
- Predator transforme Arnie en véritable outsider
- Le film détruit l’illusion du commando invincible
- La fin reste plus ambiguë qu’elle paraît
On retient souvent Predator pour son monstre, sa jungle et ses muscles. Le plus malin, pourtant, est ailleurs. Le film de John McTiernan prend Arnold Schwarzenegger, symbole du héros indestructible des années 1980, puis le rabaisse jusqu’à en faire un homme seul, blessé, presque banal.
Un commando pensé pour paraître intouchable
Au départ, tout pousse à croire qu’on regarde un pur film de commandos. Après l’arrivée d’un vaisseau qui largue quelque chose dans l’atmosphère terrestre, le major Dutch Schaefer part en mission au Val Verde, pays fictif déjà vu dans Commando. Avec lui, une équipe très marquée, de l’énorme Blain à Billy, Poncho, Hawkins ou Mac. Et il y a aussi Dillion, ancien camarade du Vietnam devenu agent de la CIA, que Dutch accepte à contrecœur.
Le film sème quand même un malaise très tôt. Les corps écorchés de trois Bérets verts disent déjà la suite. Des durs ont été tués, proprement humiliés, pendus pour les vautours. Puis McTiernan fait exactement l’inverse de ce signal d’alarme et balance le massacre du camp rebelle. Dutch et ses hommes écrasent tout, alors qu’ils sont très largement en infériorité numérique. Plus de 70 ennemis tombent. Ce n’est pas une bataille, c’est une démonstration.
Le vrai basculement, quand les armes ne servent plus à rien
C’est là que le film devient plus fin qu’il n’en a l’air. Il donne à Blain une arme absurde, la minigun Old Painless, fantasme de puissance totale. Sauf que cette puissance ne pèse rien face au Predator. La créature lui ouvre la poitrine avec son canon d’épaule, Mac croit la voir, toute l’équipe arrose la jungle, découpe les arbres, vide ses chargeurs. Résultat ? Rien.
Cette scène fait deux choses d’un coup. Elle prouve que même le colosse du groupe tombe vite. Et elle dit que l’arsenal moderne, quand l’ennemi reste invisible, ne sert plus à grand-chose.
Un chasseur soi-disant honorable, mais truffé d’avantages
Le lore de la franchise a donné un nom au peuple du monstre, les Yautja, et un code de chasse censé être noble. Bon. Dans le film, on voit surtout un adversaire qui cumule les avantages. Vision infrarouge, camouflage, puissance physique énorme, Plasmacaster fixé à l’épaule. Même Dillion perd son bras sous ce feu avant d’être achevé.
Le paradoxe est là. La créature veut des proies dangereuses, des hommes massifs lourdement armés, mais elle les réduit un par un avant d’accepter un vrai face-à-face.
La boue, le corps à corps et une fin plus ambiguë qu’elle en a l’air
Quand Dutch comprend que la boue masque sa chaleur, le rapport de force change enfin. Il abandonne les fusils pour des pièges, des lances, des flèches, en gros une chasse bien plus ancienne. Et même là, quand le Predator enlève son casque et son canon d’épaule pour le duel final, il reste monstrueusement supérieur. Schwarzenegger prend une rouste rare à l’écran. C’est précisément ce qui rend la fin efficace.
Dutch survit grâce à son piège au tronc, pas grâce à ses biceps. Puis vient le dernier doute. Il épargne la créature, qui lance aussitôt le compte à rebours de son dispositif nucléaire en riant. Geste de pure rancune, ou manière tordue de lui rendre sa pitié en l’avertissant ? Le film ne tranche pas. Et c’est ce flottement qui compte encore aujourd’hui, parce qu’il dépasse le simple duel pour installer une idée plus large, le vrai héros d’action n’est pas toujours celui qui frappe le plus fort, mais celui qui comprend enfin le terrain sur lequel il se bat.