Head : l’expérience la plus folle des Monkees

Image d'illustration. HeadColumbia Pictures / PR-ADN
Un film chaotique et satirique qui détourne les codes du cinéma et du star system.
Tl;dr
- Les Monkees, groupe créé pour la télévision et influencé par les Beatles, ont longtemps été critiqués comme une fabrication industrielle avant de gagner progressivement leur autonomie artistique.
- En 1968, ils s’émancipent avec le film expérimental Head, coécrit avec Bob Rafelson et Jack Nicholson, devenu une œuvre psychédélique et volontairement chaotique.
- Malgré un échec commercial initial, ce film satirique et méta sur les médias est aujourd’hui considéré comme culte pour sa critique du star system et son audace artistique.
Les Monkees : de l’usine à tubes au laboratoire d’expérimentation
Peu de groupes pop ont connu une trajectoire aussi singulière que les Monkees. Créés par Bob Rafelson via un casting, destinés autant à la télévision qu’au studio, ils étaient censés surfer sur le succès des Beatles, sans jamais totalement assumer ni ce modèle ni l’étiquette de marionnettes de l’industrie musicale. L’ombre du surnom « Pre-Fab Four », un clin d’œil acerbe lancé par le Daily Mirror, planait sur eux, les dépeignant comme une « honte pour la pop ». Difficile de se détacher d’une telle réputation lorsque même leurs premiers albums laissaient peu de place à leur propre jeu instrumental. Ce n’est qu’après 1967 que les membres revendiquèrent enfin la maîtrise artistique sur leurs disques.
L’irrésistible envie de rupture
Face à ces critiques récurrentes et une frustration grandissante, les Monkees décident en 1968 de prendre tout le monde à contre-pied. Ils collaborent alors avec Bob Rafelson, déjà initiateur du projet, pour réaliser un long-métrage hors normes : Head. À la surprise générale, c’est un certain Jack Nicholson, encore peu connu à l’époque, qui cosigne le scénario. Celui-ci, proche du groupe et souvent présent sur le plateau de leur série télévisée, participe activement à une séance d’écriture sous influence, on parle d’une soirée enfumée où chaque idée partait dans tous les sens. Enregistrant ce joyeux chaos, il en tire ensuite un script hallucinant ; il aurait même structuré l’ensemble sous LSD. L’esprit potache va jusqu’à baptiser le film Head, histoire de permettre plus tard d’utiliser pour Easy Rider le slogan : « Par les gars qui vous ont donné Head. »
Psychedélisme délirant et satire médiatique
Au final, le film s’apparente à une succession de scènes décousues et absurdes : western parodique, harem improbable, pastiche guerrier… On y croise Toni Basil, Frank Zappa (et sa vache), voire brièvement Jack Nicholson lui-même. Les ruptures du quatrième mur se multiplient tandis que les Monkees déambulent dans les coulisses des studios hollywoodiens, brisant littéralement les décors comme pour mieux dénoncer leur propre artificialité.
Voici quelques éléments marquants :
- Pastiche permanent : chaque scène brouille les frontières entre fiction et réalité.
- Cameos improbables : apparitions furtives d’artistes et personnalités inattendues.
- Sens critique : une satire mordante des médias et du star system.
D’un échec commercial à l’aura culte
Le résultat ? Une œuvre jugée trop hermétique pour le public traditionnel : avec seulement 16.000 dollars récoltés face à un budget de 750.000 dollars, c’est un four retentissant. Le marketing n’aide pas : aucune mention des Monkees sur l’affiche, juste le visage du théoricien des médias John Brockman. Pourtant, avec le temps, Head va séduire toute une génération fascinée par sa critique méta des médias pop. Aujourd’hui encore, ce film psychédélique bénéficie même d’une édition dans la prestigieuse Collection Criterion. Il faut s’accrocher pour en percer les mystères, mais l’aventure vaut franchement la peine.